Série "Musée National" : l’immobilisme français vu par Marc Lathuilliere

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Série "Musée National" : l’immobilisme français vu par Marc Lathuilliere
Interview « Photo ou série photo »

Il n'est pas meilleur moment pour observer son pays natal que le retour d'un long voyage. Au contact d'une autre culture le contraste apparait et le caractère prédominant en France fut pour Marc Lathuilliere l'immobilisme et le désir de patrimoine. Pour illustrer ces porteurs de la mémoire française, il décide de leur faire porter un masque et parcourt le territoire pour rencontrer ses sujets.

Quelle est ton parcours, ton age, ton style, ton futur dans la photo ?

Mon parcours est assez atypique puisque je viens de l’écrit : études de sciences politiques, reporter en politique étrangère puis voyage, écrivant de la fiction en parallèle. Mon apprentissage de la photographie, il s’est fait au contact, en empathie même, avec les nombreux photographes avec lesquels je suis parti en reportage, un peu partout dans le monde. Une empathie qui est devenue de plus en plus critique : au fur et à mesure que la place du texte se réduisait dans les magazines, mon rôle devenait de plus en plus d’assister les photographes dans la préparation de leurs prises de vue. J’aurais pu basculer alors dans le reportage photo. Mais je n’y croyais plus beaucoup. Etre dans la fabrique de l’image, tout en ayant un regard distancié puisque ce n’était pas moi qui appuyait sur le bouton, m’a fait prendre conscience de la manière stéréotypée, préjouée, dont mes camarades photographes mettaient en boîte la réalité du monde.
Si bien que c’est un peu par hasard que j’ai à mon tour basculé dans la photographie. C’était en 2003, je vivais à Séoul et travaillais pour une radio coréenne. Le choc culturel que j’ai ressenti dans ce pays a fait que j’ai voulu, par un jeu photographique, mettre à distance à la foi la manière dont nous percevons, à travers les clichés, une culture asiatique, et comment celle-ci souhaite et croit être perçue du monde. Cet essai, à ma grande surprise, a donné lieu au projet “Transkoreana”, à un livre publié à Séoul et à une série d’expositions en Asie et en France. “Transkoreana” est encore assez naïf mais déjà conceptuel, et a établit le paradigme de mon travail. Dans toutes mes séries – Toyland, Musée National, Le Peuple Fluo -, il y a toujours un ou plusieurs objets intrusifs dans des images qui pourraient être purement documentaires, mais qui justement invitent à une lecture critique du sujet. Cela définit mon équation : continuer à utiliser la photographie pour parler du monde, avec une approche anthropologique, mais aussi du monde pour parler de la photographie.
Quant à mon âge, ayant démarré sur le tard, à 33 ans, je me sens encore plus jeune photographe que mon âge ne le dit. Je crois que, même avec Musée National, cette série de huit ans sur la France et les Français, je n’ai fait que poser les bases de mon travail, et que beaucoup d’idées, en photographie, performance ou installation, me restent à développer.

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