Rencontres d'Arles : qui êtes-vous monsieur Hébel ?

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Rencontres d'Arles : qui êtes-vous monsieur Hébel ?

Alors que l’édition 2011 des Rencontres d’Arles vient d’être remballée, que les photographies présentées, et en majeure partie produites par le festival, se mettent à parcourir le monde, retour sur une interview réalisée en mai 2011. François Hébel est le directeur charismatique et controversé du festival des Rencontres d’Arles. Par la politique qu’il développe au sein des Rencontres, il a multiplié par dix le nombre de visiteurs en 10 ans. Il a développé le mécénat, augmenté la présence de financeurs privés, amené le budget du festival à 5,4 millions d’euros, des chiffres et une réussite qu’il assène à ses détracteurs. Il a su administrer le festival afin de lui redonner les moyens de sa dimension internationale. Il parle de son festival en disant « Arles». Mais qui est donc le chef d’orchestre qui agite la baguette derrière ces chiffres et sur quelles partitions joue-t-il ?  Qui êtes-vous monsieur Hébel ?

“J’ai été baigné dans cette attention particulière à la sensibilité des artistes. L’artiste n’est pas un marginal mais est au centre de la société.”

Cela fait maintenant dix ans  que tu es à la tête des Rencontres. C’est l’occasion de faire un point sur ton expérience et l’évolution du festival. Quel était ton cahier des charges lorsque tu es arrivé aux Rencontres d’Arles ?

Mon cahier des charges était libre, dans la mesure où les Rencontres étaient en faillite financière et en faillite de public. J’ai pensé qu’il fallait leur redonner une place au point de vue professionnel et je savais qu’il y avait en même temps  tout un nouveau public qui s’intéressait à la photographie. Il n’y avait pas de lieu pour la photographie en mouvement, la photographie contemporaine en train de se créer. Il y avait déjà au moins dix lieux qui faisaient de la photographie sérieusement à Paris, mais ils s’intéressaient surtout aux morts, ou aux artistes qui ont déjà une œuvre conséquente et reconnue. A cela il y a deux raisons, la première c’est que c’est le rôle d’une institution, la deuxième c’est que c’est une assurance pour eux d’avoir du public puisque ce sont des noms déjà célèbres… Donc Arles avait toute légitimité de reprendre sa place sur le territoire de la création, à cette nuance près que le territoire de la création est aujourd’hui beaucoup plus vaste qu’il y a 25 ans lorsque, pour la première fois, j’ai dirigé Arles ou il y a 40 ans lorsque L. Clergue l’a créé.

J’ai fait attention de ne pas me laisser embarquer dans ce qui était dans l’air du temps il y a 10 ans. C’est à dire, soit il y a le photojournalisme, soit il y a la photographie conceptuelle, et entre les deux mondes pas de salut, ou en tout cas ces deux là ne se parlent pas. Moi ce n’était pas mon entendement. C’est une des merveilles de la photographie, c’est qu’elle est multiple, et qu’elle est bien plus large que ces deux seuls pôles, qui sont au final des pôles commerciaux. Le photojournalisme c’est un marché.  Les galeries étaient en train de découvrir la photographie plus conceptuelle et définissaient les artistes « Bankable ». Moi ça ne m’intéressait pas vraiment puisque nous, nous ne sommes pas vendeur à Arles. En tout cas notre programme ne doit surtout pas être dirigé par le marché. Ce qui m’intéresse, c’est de m’adresser à cette diversité complète de la création photographique et de doter les Rencontres d’un outil pédagogique qui fasse que le grand public puisse faire un peu le tri dans tout ce qui est proposé aujourd’hui dans la photo. Puisque le grand public n’a jamais été autant amateur de photo et n’a jamais aussi peu compris ce qui se passait, il ne s’agit pas pour nous de dire ce qui est bon ou ce qui est mauvais. Il s’agit chaque année de donner plusieurs points de vue, d’où le changement d’une vingtaine de commissaires d’exposition chaque année. Même les années que certains décrivent comme mono commissaire d’exposition comme celle avec Martin Parr ou Christian Lacroix, c’est faux. Il y a toujours eu plusieurs commissaires. Pour moi c’est fondamental de relancer la variété des points de vue chaque année à travers les prix, à travers les invités de toutes natures qui parlent de la photographie à chaque fois de manière différente. Le public, à travers les débats que nous avons beaucoup relancés, à travers les visites guidées des expositions, et pour les plus jeunes à travers Une Rentrée en Images (http://unerentreeenimages.crdp-aix-marseille.fr/)  a eu la possibilité de former son gout et son opinion aussi variés soient-ils.

“Les murs étaient jaunes, oranges, verts, rouges et les photos étaient en grand format, ce qui était tout le contraire de ce que nos aïeux avaient défendus pour qu’on reconnaisse la photographie comme un art sérieux.”

Qu’est ce qui t’a fait arriver aux Rencontres ? Quel est ton parcours ?

D’un point de vue de la photographie, j’étais d’abord à la FNAC où j’étais assistant de Gil Mijangos qui s’occupait des expos photo, puis je lui ai succédé. Je m’occupais des expositions. J’ai créé une collection de catalogues sous une forme de type "portfolio du pauvre" : 10 photos et un texte de 4 pages dans une boite qui était collectionnable, avant que Photopoche n’existe. Ensuite, L. Clergue m’a demandé si je voulais venir diriger les Rencontres en 86 et en 87. J’ai accepté et naïvement,  j’y ai amené des photographes de ma génération qui commençaient leur travail en couleur. J’ai eu la chance de faire la première exposition mondiale du premier projet en couleur de Martin Parr : The Last Resort, de faire la première expo de Annie Leibovitz, de présenter pour la première fois le travail de Nan Goldin : The Ballad of Sexual Dependency, qu’elle a d’ailleurs fini pour Arles et en dialoguant avec moi sur les questions de longueur etc. Au final, il s’est passé un moment assez excitant, typique de la fin des années 80, où tout allait très vite. J’ai commencé également à investir les ateliers SNCF et j’ai amené le scénographe de théâtre Olivier Etcheverry. Les murs étaient jaunes, oranges, verts, rouges et les photos étaient en grand format, ce qui était tout le contraire de ce que nos aïeux avaient défendus pour qu’on reconnaisse la photographie comme un art sérieux , pour qu’elle rentre dans les musées, c'est-à-dire, le 30x40 cm encadré en noir et blanc… La moitié du Conseil d’administration a démissionné et on a redressé les Rencontres en deux ans, puisqu’il y avait un nouveau public, de nouveau des visiteurs…

Et après tu es reparti ?

J’étais très naïf, je connaissais très peu de chose à la photographie et j’ai eu une chance folle d’avoir l’instinct d’appeler ces artistes là.

Alors pourquoi Lucien Clergue a fait appel à toi, puisque lui avait une connaissance assez large de la photographie de cette époque ?

Pour une raison assez étonnante. Je travaillais dans le privé et comme ils avaient fait faillite déjà une première fois, ils se disaient : « il faut quelqu’un du privé. Ils savent beaucoup mieux gérer l’argent que les gens du public ». Lucien Clergue voyait les programmes que j’avais faits à la FNAC et qui lui plaisaient. Jean-Luc Monterosso avait soufflé mon nom, par ce que j’avais organisé à la Tour Eiffel une gigantesque fête pour un millier de personnes du milieu de la photographie lors du deuxième mois de la photo à Paris et que cette fête avait très bien marché. Ces différents éléments : la gestion, le festif et la qualité des expos, leur on fait faire le pari d’engager quelqu’un de jeune…

Tu as fait deux ans aux Rencontres et ensuite ?

J’avais très peur de faire une troisième année, j’avais un contrat de trois ans. Je m’étais dit déjà à l’époque, si je fais une troisième année, j’inviterais des commissaires d’exposition… C’était déjà en germe… Et  c’est là que Magnum, qui n’avait pas de directeur depuis une vingtaine d’année, cherchait un nouveau directeur puisqu’ils étaient en faillite. Ils m’ont demandé si je voulais venir diriger Magnum. J’ai accepté et j’ai résilié mon contrat aux Rencontres d’Arles.

Il y a eu ensuite différentes périodes dans Arles et au moment où le festival commençait à se recasser la gueule, il y a le directeur des arts plastiques du ministère de la culture, François Barré qui me demande de faire une étude pour savoir quoi faire d’Arles. C’était en 1993. J’ai remis cette étude à une autre personne puisque entre temps, F. Barré avait été nommé directeur de Beaubourg. Cette étude contenait un certain nombre de choses qui n’ont pas été mises en place, parce que les histoires de successeurs ça ne marche jamais… Dans ce rapport je disais qu’il fallait arrêter l’histoire de l’homme orchestre qui fait tout au festival. Je mentionnais qu’il faut avoir un directeur des Rencontres qui s’occupe du long terme et des projets récurrents et inviter chaque année une personnalité différente à venir donner son point de vue sur la photo, ce qui a été plus ou moins mis en place. Mais ils ont choisi des gens qui ont réalisé des plus ou moins bonnes éditions. Et finalement la photographie a énormément évolué à ce moment là. Les coûts ont augmentés. Les photographes ont commencé à tirer en grand, à faire du Diassec, à numéroter les images… entre temps d’autres festivals se sont créés partout en France et à l’étranger et Arles ne s’est pas renouvelé.

Tu penses à qui en particulier ?

Gilles Morra a réalisé de très bons programmes mais qui étaient des très bons programmes pour des institutions parisiennes et de plus il n’avait pas de moyens pour travailler… Finalement petit à petit les gens ne venaient plus. Par exemple en 2001, il y a eu 9000 visiteurs sur tout l’été. Les chiffres annoncés étaient 100 000, mais ils comptaient le nombre d’entrées des visiteurs à chaque fois qu’ils entraient dans les différents lieux.  Nous, à ce titre là, on serait aujourd’hui à 500 000 visiteurs !  C’est à ce moment là que François Barré a accepté de prendre la présidence des Rencontres puisqu’elles étaient à nouveau en faillite.

“A propos de Magnum : J’ai même fait acheter leur immeuble alors que quand je suis arrivé  ils achetaient un fax…”

Et toi pendant tout ce temps ?

Je suis allé chez Magnum 12 ans, où j’ai relancé les news, fait numériser les archives, organisé des nouveaux secteurs, développé le secteur culturel qui est devenu 25% du chiffre d’affaire. J’ai même fait acheter leur immeuble alors que quand je suis arrivé ils achetaient un fax… Après avoir fait le tour pendant douze ans, Bill Gates via Corbis venait de racheter des agences en faillite comme SIPA, SYGMA… et il cherchait quelqu’un pour faire l’intégration de toutes ces agences et définir un nouveau modèle de fonctionnement sur le net. Je suis devenu vice président de Corbis pour les affaires européennes, avec des bagarres très compliquées sur la définition des nouveaux contrats dans le domaine de la photographie numérique. Au bout d’un an et demi lorsque la bande de Gates a adopté le business model que je leur vendais, je voyais que j’allais m’emmerder assez rapidement à faire de la gestion commerciale. Ce qui n’était pas vraiment mon truc. Et c’est à ce moment que François Barré m’appelle et me dit : «  je t’appelle, j’appelle Christian Caujolle, j’en appelle d’autres… je voudrais savoir ce qu’il faut faire d’Arles parce que ça va à nouveau à vau-l'eau. ». Je lui ai répondu que je pensais qu’il devait partir grosso modo du rapport que j’avais fourni en 93. Il me demande si cela m’intéresserait d’être directeur artistique. Je lui ai dit directeur artistique non, mais directeur à long terme dont la direction artistique fait partie, oui.

Ton contrat avec les Rencontres aujourd’hui c’est donc un CDI ?

On m’a proposé un contrat de 5 ans. Je leur ai dit : « j’ai 4 mômes, je quitte un job où je suis payé une fortune, je baisse énormément mon salaire pour revenir à Arles ». Il y a une loi en France qui s’appelle le CDI, loi qui n’est enfreinte que par l’état français : l’histoire des contractuels qui est inadmissible. J’ai donc posé cette condition dans le cadre du droit privé.

Au bout de dix ans à la tête des Rencontres développes-tu des projets extérieurs ?

Les premières années c’était absolument impossible parce qu’on travaillait vraiment comme des malades. Maintenant, j’écris parfois des textes, comme pour JR, ou je fais des expositions de temps en temps. Mon travail pour les Rencontres est multiple,  cela me laisse peu de temps : il y a la direction artistique, la recherche de financement…

C’est un de tes fers de lance. Lors de tes éditos ou de tes interventions en conférences de presse, tu mentionnes lourdement le fait que les parts du privé et des recettes propres augmentent chaque année.

C’est ma liberté. J’ai redressé ma première association à 15 ans, qui était une association d’handicapés. J’ai passé trois mois dans un hall de gamins qui étaient tous handicapés, il y avait une association qui disait qu’ils n’avaient pas les moyens de faire quoi que ce soit. C’était un été de canicule, j’étais en fauteuil roulant, j’ai pris un panier avec des glaces, je les ai mises sur mes genoux et je suis allé les vendre et on a fait rentrer du fric pour l’asso, on a pu par la suite faire des choses. J’ai toujours fait en sorte de gagner mon indépendance financière. C’est un combat. Il faut en permanence plaider sa cause et ne pas avoir peur de ça. On a à faire à des gens qui ne sont pas à notre place et qui n’ont pas nécessairement envie de nous aider. La plupart des gens se lassent de ça. Moi je sais que c’est ma liberté. Pour pouvoir se payer le luxe d’inviter des commissaires d’exposition comme Christian Lacroix et réaliser des décors comme on le fait, on se doit de se donner du mal et de garder ses partenaires et qu’ils soient contents.

“Au final, personne ne représente plus de 10 % du budget, donc j’ai une paix royale. Personne ne peut venir me dire ce que j’ai à faire.”

Le public également est important. Je suis d’une famille de gens de théâtre et au théâtre on passe à la recette le soir et on va voir si le public est venu ou pas. Lorsque j’ai pris le budget ici, il y avait 95% d’argent public. Aujourd’hui il y a 40% d’argent public, collectivités territoriales et l’état, 35 % vient des visiteurs et 25% c’est le mécénat.  Au final, personne ne représente plus de 10 % du budget, donc j’ai une paix royale. Personne ne peut venir me dire ce que j’ai à faire. Si je m’engueule avec l’un des sponsors, 10 % de moins c’est douloureux, mais tu ne remets plus l’association par terre comme c’était le cas au début des années 2000 ou alors lorsque le ministère dictait ce qu’il fallait faire et que je n’avais pas le choix.

Tu parles des Rencontres comme un gestionnaire, comme un administrateur. Pourtant tu as posé une étape en 1986, 1987 avec le programme que tu as mis en place. Mais aujourd’hui comment est-ce que tu vois les choses au niveau de la photographie mondiale, comment gères-tu les découvertes ?

Les gens aujourd’hui connaissent la photographie beaucoup plus qu’il y a 20 ans et sont beaucoup plus exigeants. Donc si moi je ne suis pas surpris, je sais que le public ne sera pas surpris. Je regarde tout ce qu’on m’envoie, mais je passe mon temps à dire non. Je voyage beaucoup et au bout de 30 ans tu as une bande de copains dans le monde qui t’informent sur ce qui arrive, je ne travaille pas tout seul.

Mais personnellement qu’est ce qui t’anime ?

Deux choses. Premièrement être surpris esthétiquement parlant. Deuxièmement, c’est le fonctionnement d’un artiste. Je suis issu d’une famille de gens de théâtre, de comédiens et de journalistes. J’ai été baigné dans cette attention particulière à la sensibilité des artistes. L’artiste n’est pas un marginal mais est au centre de la société. Lorsque je vais en Ouzbékistan, au Pérou ou à New York, je sais en une soirée en rencontrant des artistes quels sont les points essentiels de la culture historique du pays et les points les plus sensibles de la politique actuelle. Leurs œuvres peu ou prou est toujours imprégnée de leur culture et de leur vécu, grâce à cette sensibilité. C’est ce qui est absolument passionnant.

Tu n’as jamais développé de pratique de création personnelle?

Je ne suis pas artiste, il n’y a jamais eu de compétition. J’ai fait des images, par loisir, mais à partir du moment où j’ai vu des bonnes photos, j’ai compris que mes photos étaient mauvaises, que ce n’était pas mon truc. Mais je pense avoir développé une façon d’aider les photographes, une façon d’être auprès d’eux et de les aider à accoucher d’une expo, d’un bouquin, d’un fonctionnement de carrière pour diriger une agence …

Tu as une vrai politique de soutien à la production des expositions au sein du festival.

Oui, je mets un point d’honneur à montrer des expositions originales. C’est comme Roland Garros, Wimbledon et Flushing Meadow, aujourd’hui tu as les mêmes joueurs qui vont jouer partout. Moi ça ne m’intéresse pas de faire un programme composite comme ça...

En fait il y a trois temps aux Rencontres : tout d'abord la semaine d’ouverture où il y a le milieu professionnel, la deuxième c’est  l’été pour le grand public et enfin la rentrée scolaire. Si on veut que ceux qui créent la rumeur, effectivement, créent la rumeur et soient présents à la semaine d’ouverture, il faut les surprendre et amener des choses fraiches. Par exemple, cette année il y a JR qui a reçu le prix TED aux États-Unis, alors qu’on a été les premiers à le montrer. On le fait revenir pour qu’il nous montre le chemin qu’il a fait depuis 5 ans…

Quels sont tes rapports avec Maja Hoffmann ?  As-tu développé des rapports professionnels hors du festival avec la fondation LUMA?

LUMA, non. J’ai travaillé avec Maja Hoffmann au début de son projet. Elle consultait plein de gens et je faisais parti de ces personnes qu’elle consultait, nous sommes amis depuis 25 ans. Je lui ai dit ce que j’avais à lui dire, je lui ai remis une note sur ce que je pensais de ce qu’il fallait faire du site des ateliers SNCF.

Est-ce que tu continues à garder des contacts professionnels ou à collaborer avec tes anciens milieux professionnels ?

Non. C’est très ingrat de terminer un boulot dans lequel tu as donné du cœur. Mais une fois que c’est terminé, il faut savoir partir. Je ne pense pas que les organismes appartiennent à ceux qui les dirigent. Je n’ai pas d’états d’âme là-dessus. Moi, je suis en mission. L’association appartient à la communauté. Le jour ou ma mission est terminée il ne faut pas avoir de prétention de suivi et de rester autour…  Cela n’a aucun intérêt. Je donne le maximum tant que j’y suis. Le jour où je pars, je pars. C’est la seule solution. Regarde ce qu’ils ont fait à Avignon c’est dégueulasse. Nommer le successeur deux ans avant, c’est très ambigu, c’est très polluant.

Dans les années à venir, tu comptes garder l’alternance: une année sur deux un commissariat avec une personnalité ?

Non. La seule chose à laquelle je tiens depuis 2002, c’est qu’il y ait plusieurs commissaires qui soient renouvelés chaque année. C’était impossible il y a 25 ans. Il n’y avait pas autant d’experts sur la photo. Aujourd’hui il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à la photo, personne ne connait tout mais chacun avec une spécialité, chacun s’intéresse à une niche. Je fais venir des gens comme Kessel ou Serge Plantureux pour la photographie vernaculaire ou bien dans la photo de mode ce sera plutôt Olivier Saillard … Les gens viennent parler de choses qu’ils connaissent. C’est là où Arles est redevenu unique, il n’y a pas d’autre endroit au monde qui fasse ça.

“Dans le projet du manifeste  From Here On, on a 36 artistes totalement mis en scène de manière Funky, j’aimerais bien savoir quel autre musée peut leur faire ca ! On a développé un genre.”

Es-tu à l’origine de la proposition de From Here On? Du manifeste ?

Non, c’est Fontcuberta. C’est un ami de toujours. Un soir il vient diner à la maison. Il me dit : «  un jour j’aimerais bien faire ça…». Je lui ai répondu : « Qu’est ce qu’on attend, dans deux ans ton idée sera éventée ». Trois semaines après il me rappelle et il me dit que les autres commissaires d’expo sont partants. Et après charge à moi de leur trouver les moyens de faire 5 réunions à Paris, de casser toute la Mécanique pour en refaire complètement le dessin (l’atelier de la Mécanique sur le site des anciens ateliers SNCF, ndlr). Tu vois, ça part d’une conversation, il me donne cette idée, je lui dis : « elle est excellente, il faut le faire tout de suite ». Et surtout je lui ai demandé : « Où penses-tu faire ça autre part qu’à Arles ? ». On a créé un outil formidable avec le festival, même si on a certains handicaps : on n’a pas assez de salles climatisées par exemple. Mais aujourd’hui nous nous sommes donné les moyens du théâtre. On a un atelier de construction ! Ils ne voient ça nulle par ailleurs. Dans le projet du manifeste  From Here On, on a 36 artistes totalement mis en scène de manière Funky, j’aimerais bien savoir quel autre musée peut leur faire ca ! On a développé un genre !

Comment te définirais-tu ?

Je suis à la fois un directeur artistique, un gestionnaire dans le milieu de la culture et un communiquant. Mais à la base, il y a les artistes. Mon travail, c’est à leurs côtés. J’ai deux façons d’évaluer une édition d’Arles. La première c’est le nombre de visiteurs. La deuxième c’est le nombre de conséquences pour les artistes, après Arles. Par exemple l’an dernier Marcos Lopez a trouvé une galerie à Paris. Son expo a circulé et Pernod Ricard lui a demandé de faire son rapport annuel aux quatre coins du monde. Il n’y a rien qui ne me fasse plus plaisir que ça.

En fait tu aimes être dans l’œil du cyclone. Tu aimes créer l’énergie autour de toi ?

Pas autour de moi, mais autour des artistes. Pour trop connaitre les artistes, je sais à quel point ils sont handicapés pour faire leur propre promotion. Ce sont les pires. Mon boulot c’est de créer des ponts. C’est pareil que quand je dirige une agence : créer le pont entre un artiste, sa production, et  le public potentiel qu’il peut rencontrer et les manières d’y arriver sont multiples...

Propos recueillis par NH

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