This is not a map: Interview avec Rémi Noël

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This is not a map: Interview avec Rémi Noël
Interview « Photo ou série photo »

Le projet photographique de Rémi Noël présente une nouvelle lecture visuelle des lieux - des villes, des états, des pays et surtout des "routes". "This is not a map" mélange l'image et la carte routière dans un genre de "cartographie photographique" qui nous invite au voyage. Rémi s'est lancé dans une série d'anti-cartes qui commence avec le Texas, suivie par d'autres horizons et d'autres photographes. En attendant la sortie de la deuxième carte de la série, Rémi nous parle ici de sa photographie, de ses voyages avec Batman et de cet objet-photo.

D’où vient l’inspiration pour « This is not a map » ?
Il y a 6 ou 7 ans, je voulais prendre un lieu, comme New York, et le faire photographier par de grands photographes. Je suis allée voir un éditeur qui m’a dit que c’était à la fois une super idée et une très mauvaise idée. C’était une mauvaise idée parce qu'à l’époque, les libraires savaient vendre des bouquins, mais pas des objets photo. Aujourd’hui, ça commence à changer. Il m’a aussi dit que les photographes ont leur égo, et qu'ils ne voudraient pas être associés avec d’autres photographes, etc. Il m’a dit que ce serait aussi compliqué au niveau des droits d’images…Donc j’ai oublié l’idée pendant un moment.

Après mes voyages au Texas, j’avais fait quelques projets de livres, mais dans le cadre de mon agence de pub. Et du coup je repensais à l’idée des cartes pour mes images du Texas. J’ai changé un peu l’idée en me disant que ça pouvait être un endroit vu par un seul photographe.



Pourquoi as-tu choisi le Texas comme premier sujet de carte ?
Le Texas me faisait rêver quand j’étais môme. Le Texas c’était les cow-boys ! J'y suis allé une fois et ça ma plu. J’y suis retourné quatre fois depuis. Il y a tout ce que je recherche là-bas : il y a des grandes routes, c’est désertique, personne vient t’emmerder.

Je n’y allais pas pour une raison particulière, sauf pour trouver, je dirais, l’Amérique profonde, ou l’idée que j’avais en tout cas de l’architecture, des routes, des voitures, etc. Et je n’ai pas été déçu.

C’est comme un grand studio….tu poses l’appareil où tu veux.



Il y a quelqu’un qui t’accompagnait dans tes voyages….et au Texas, il est loin de Gotham. Comment le personnage de Batman a-t-il trouvé une place dans la photographie ?
Comme tous les gamins, j’aimais Batman quand j’étais petit. Et quand mon fils avait 5 ou 6  ans, il avait un jouet Batman. En rangeant sa chambre, je suis tombé dessus, et je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. Donc j’ai fait quelques photos et je ne pensais pas à en faire plein, mais je trouvais les photos sympas. J’ai fait une petite série.

Plus tard, quand je suis parti aux Etats-Unis, je l’ai embarqué.

Batman me permet parfois de m’approprier les endroits. Aux Etats-Unis, tu tombes sur des trucs un peu fous. Notamment à El Paso, il y avait un cabaret de nu, et à l’extérieur, il y avait un grand panneau avec écrit «  Non-stop Beautiful Ladies ». Tu ne verras jamais ça en France ! Mais là, c’est fait en métal, c’est costaud, c’est fait pour tenir 200 ans ! Mais je ne suis sûrement pas le premier photographe à emprunter cette route. Donc le fait de montrer Batman qui a un regard là-dessus, ça me donne le  sentiment de m’approprier le truc.



La carte de Texas affiche le numéro 62, pourquoi ce chiffre ?
C’est purement de la fantaisie. C’était pour donner l’idée d’une série. Le Texas a été la première carte dans la série, mais je ne voulais pas lui donner le numéro 1, donc j’ai choisi le 62. La prochaine carte, de Las Vegas, aura le numéro 23.

Donc la prochaine carte sera sur Las Vegas ? Vous passez d’un état à une ville ?
Oui, parfois ce sera  un état, parfois une ville, parfois un pays entier. Il va y avoir l’Ecosse et le Japon prochainement, mais aussi Orlando. Comme des cartes routières, ça peut varier.

Et ce ne sera pas seulement les Etats-Unis du coup ?
C’est vrai que j’ai une passion pour l’Amérique, donc ça va être beaucoup des Etats-Unis. Mais pas seulement.

Il y aussi un projet de carte sur le Fort-Mahon-plage – une petite station balnéaire au-dessus du Touquet, dans le nord de la France. C’est le photographe Cédric Delsaux qui photographiera ce lieu.



Comment choisis-tu les photographes contributeurs ?
Au feeling. Peu importe le lieu, il faut avoir un regard intéressant. Ce n’est pas de la photo touristique, il faut un regard original, particulier sur le lieu.

Cédric Delsaux, par exemple, allait à Fort-Mahon-plage quand il était enfant. Il y est retourné pour photographier. Il s’est baladé dans le village et il demandait au gens qu’il croisait de continuer ce qu'ils étaient en train de faire, mais de le faire sur un genre de piédestal, une petite estrade, blanche. On voit ainsi  les gens sortis de leur condition par cet artifice du piédestal. Il a fait des portraits des gens en les surélevant un peu.

Ce qui a fait Ronan Guillou pour Las Vegas est un peu différent – ce n'est pas du conceptuel. Il va dans un lieu et il s’en imprègne. Il va discuter avec les gens, ce que moi je ne fais pas – je suis timide. Mais lui, il passe du temps avec eux, il fait leur portrait. C’est une démarche différente et ça donne un ensemble d’images intéressant.

Il y a combien d’images sur une carte en générale ?
Une trentaine, en gros. Il faut que les images racontent un endroit, avec un regard précis. Au fil du temps, si le projet continue, il y aura toutes sortes d’écritures. Il aura des choses drôles, et des choses pas drôle du tout. Ca ne tente pas que c’est descriptif de l’endroit. Il peut très bien y avoir une carte de New York avec un photographe qui n’est pas sorti de sa chambre d’hôtel.



« This is Not a Map », c’est un titre qui est anti-carte. Et tu décris ces cartes comme « parfaitement inutiles»….
Oui, c’est une petite joke, une blague, parce qu’on attend qu’une carte soit pratique. C’est un objet précis et quasi-scientifique. Ces cartes-ci n’ont aucune utilité.

Ces objets sont quand même imprimés comme des vraies cartes. Tu peux nous parler de la création de l’objet ?
Je les imprime dans une imprimerie qui fait des vraies cartes routières. Je voulais que ça soit une vraie carte – la même taille et tout.

J’aime bien les cartes. Quand je vais aux Etats-Unis, j’en achète dans les stations service. Je les amène à l’hôtel et je dessine dessus – je mets des croix, ou des cœurs quand j’aime un endroit. Je note mon parcours aussi, et je les garde.



Est-ce qu’il y avait des obstacles jusqu’à présent ?
Oui, par exemple, je n’ai pas réussi à avoir exactement le même papier qu'on avait pour le Texas, pour la carte de Las Vegas. C’est légèrement plus épais, et au début j’étais un peu triste. Mais finalement je pense que ça va être pas mal.

En ce moment, les cartes de Las Vegas sont imprimées. Elles sont déjà passées au séchage, et maintenant elles vont passer au pliage. Je suis curieux de savoir à quoi ça va ressembler.

Et la date de sortie pour la carte de Las Vegas ?
Elle devrait sortir à la  mi-janvier, 2014. J’attends que la folie de Noël se calme pour le lancement.



Information utiles
This is not a map
Texas
16
Dimensions plié 11 x 25 cm // Dimensions ouvert 100 x 155 cm

Site de Rémi Noël

 

Propos recueillis par LG & RD

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