Nathalie Savey, vivre le paysage de l'Alsace à la Corée

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Nathalie Savey, vivre le paysage de l'Alsace à la Corée
Interview « Photographes »

A la photographie picturale, Nathalie Savey préfère le terme de photographie subjective. Pour nous elle est d'abord, recherchée et apaisante, autant de termes qui font en effet appel au subjectif et au ressentit. Son inspiration actuelle est strasbourgeoise, et sera bientôt Corée du Sud.

Quel a été votre parcours jusqu'à la vocation de photographe ?
Au départ, c’est la peinture qui m’a attirée. A l’adolescence, j’ai d’abord dessiné. J’adorais reproduire des photographies anciennes issue du pictorialisme celles par exemple d’Edward Steichen, d’Heinrich Kühn!. Depuis, je dessine et je me passionne toujours pour la peinture. Ensuite, en même temps que je faisais un DEUG de droit, j’ai pris des cours de dessin. J’ai eu de la chance car mon professeur m’a aidé à développer mes capacités, je pouvais choisir tout ce que je voulais faire, il me prêtait des livres. Au bout de deux années, J’ai décidé d’abandonner mes études de droit et de passer le concours des Beaux Arts. Aux Beaux-Arts de Lyon, C’est en deuxième année que j’ai réalisé spontanément tous mes travaux en photographie et c’est à la fin de l’année que j’en ai pris conscience. C’était en 1987, j’étais très attirée par la photographie subjective, je regardais Dieter Appelt, Duane Michals, Jochen Gerz, Sophie Calle, le land art etc.. Ce qui me fascinait, c’étaient les possibilités liées à l’imagination avec un outil qui a une prise directe sur le réel.

Les éclaircies
Les éclaircies

Comment avez-vous décidé d'en faire votre métier ?
Sept années après mes études aux beaux arts, j’en ai fait mon métier ! Au départ, je ne voulais pas gagner ma vie avec la photographie A cette époque, après avoir financé, mes études aux Beaux Arts avec des petits boulots, j’ai cherché quel pouvait être le métier qui me permettrait de continuer librement la photographie et aussi répondre à mon besoin d’être au contact des œuvres. Alors, j’ai choisi projectionniste. C’est très pratique, je travaillais à mi-temps, le soir, les week end, les jours fériés, un cinéma c’est ouvert tous les jours ! Et en même , je pouvais voir et revoir des films d’auteurs comme ceux d’Alain Cavalier, des frères Dardenne, Rainer Fassbinder et bien d’autres etc..., découvrir des films de Fréderic Wiseman etc.

Les montagnes rêvées n° 4- 2008
Les montagnes rêvées n° 4 - 2008

Le travail de commande est il une activité qui vous plaît ? D'où provient-il ?
Quand on pense commande, tout de suite, on pense contraintes pas de création etc... car c’est par nécessités matérielles qu’on fait des commandes, aussi. Quand j’ai fait ma première exposition personnelle en 1995 intitulé Sols, j’ai cherché des commandes qui pouvaient me plaire car je ne voulais plus être projectionniste et à la fois, j’étais prête à faire des choix en photo. Je savais par exemple que je ne voulais pas faire par exemple la photographie de mode ou publicitaire, le photo-journalisme.

Comme j’avais choisi d’être projectionniste pour voir des créations, j’ai eu envie de faire des portraits d’artistes et en fait, ma première commande a été une proposition de ma part : faire des portraits de réalisateurs et d’acteurs qui venaient présenter leurs films, cette commande dure depuis 12 ans. Par la suite, j’ai fait des portraits de musiciens pour Arte, l’OPS de Strasbourg, des photos pour des tournages de films documentaires, des commandes liées à l’architecture, un suivi de chantier de monuments historiques etc.. La rencontre humaine est primordiale dans le projet de commande. Mais l’équilibre est toujours à trouver entre travailler pour les autres, pour moi et que la photographie soit toujours un plaisir et une quête. Je même mes deux activités en parallèle et c’est très intéressant car aussi, elles se nourrissent mutuellement. Parfois, mes expositions m’ont permis de rencontrer des gens qui m’ont passés des commandes intéressantes et réciproquement mes commandes financent en partie mes expositions et elles le sont grâce au soutien des institutions comme la DRAC Alsace et la Ville de Strasbourg. Aujourd’hui, mon activité est majoritairement tournée vers ma création que vers les commandes car j’ai de plus en plus de projets.

Horizons-n°1
Horizons n°1

Quel esprit se dégage pour vous de vos natures mortes, du format carré et de ces paysages qui composent souvent votre travail artistique ?
Je ne sais pas si le terme de natures mortes s’applique au sens traditionnel à mon travail puisque je ne réalise pas mes paysages en atelier, ce ne sont pas des objets dit morts. Mais si c’est dans le sens, d’un assemblage d’éléments dans un dessein précis c’est exact. Comme aujourd’hui, on peut se poser la question si les ready-made ne sont pas des natures mortes contemporaines ! J’ai grandi à la campagne et la nature au sens large est comme un atelier pour moi. Je choisis à partir de cartes de géographie, les lieux que j’ai envie d’explorer, en fonction d’une intention.

Actuellement, je suis attirée par le feu, la glace, la terre, je suis allée voir et photographier une cascade gelée, c’était impressionnant car il faisait très, très froid j’avais peur de ce froid dans ce blanc impressionnant, pour le moment je n’ai pas de cohérence, elle viendra en travaillant car je pars toujours d’un désir. Pour ma série des montagnes rêvées, mon idée était de traduire la notion de l’immensité que j’ai, qui est très intime. Ensuite, je repère un endroit, j’étudie le cadrage, je ne déplace rien dans la nature, j’essaye d’avoir une attention précise aux éléments, à la lumière. Marcher seule dans la nature est un moment de solitude très particulier. Autant, avant, je pense à pleins de choses et j’ai en référence beaucoup de choses mais quand je marche et que je dois choisir où aller où m’arrêter, je fais le silence en moi pour écouter, voir, je m’oublie. Parfois, je reviens car il manque quelque chose où le réel a encore trop d’importance. Je me demande s’il faut du vent, s’il faut de la neige, de la pluie, etc …Je cherche le moment où on se sait plus où on est, si cela existe bien, pour qu’ensuite, un autre espace se mette à exister. La technique est toujours au service de l’idée du désir de l’image.

Figures-n°1
Figures n°1

Votre travail personnel est répertorié dans une galerie que vous appelez "recherche". En quoi c'est important pour vous de positionner votre travail comme tel ? Est-ce malgré tout un travail aboutit ?
Votre question est révélatrice car j’aurai effectivement pu l’appeler travail personnel comme c’est souvent le cas sur les sites de photographes. Je considère mon travail artistique comme une recherche qui n’est pas finie car j’ai toujours le désir d’autres images mais je considère que les images présentées sont abouties, je les considère un peu comme des étapes.

Les éclaircies
Les éclaircies

Vous allez bientôt accéder à une résidence en Corée du Sud. Comment envisagez-vous ce voyage artistiquement ? Culturellement ?
Aller en Corée est un désir très précis car depuis que je m’intéresse aux paysages, les arts de l’Asie Orientale m’ont très vite attirés. La notion de paysage est plus ancienne et n’a pas le même sens qu’en Occident. Dit d’une manière un peu rapide ! Il n’y a pas un dedans et un dehors avec entre, un système de représentation, de projection de point de fuite qui rationalise la vision ! C’est difficile à expliquer ou plutôt à résumer en quelques phrases et je crains de ne pas avoir les mots justes pour en parler. Mais dans cette peinture ou littérature, j’ai trouvé un écho, pour aller vers ce que je ressentais : un lien au paysage dans l’effacement de soi, aller vers l’émerveillement, ou un instant essentiel qui n’a, bien sur, rien à voir avec l’anecdote. L’instant précis entre soi et ce que l’on voit, une présence à ce qui nous entoure.

Il y a aussi dans la poésie de Philippe Jaccottet, cette attitude, qui m’a aussi beaucoup intéressée et émue. D‘abord, je suis allée au Japon en 2005, cela a été très important car j’ai éprouvé dans les jardins zen de Kyoto et les jardins dits humides de Tokyo cette notion de paysage. Ensuite, à Strasbourg, le centre Européen d’Action Artistiques offre sur présentation de dossier des possibilités de résidence en Europe et ailleurs comme la Corée du Sud. J’ai eu envie d’y aller pour travailler là-bas, Je souhaite être face à des paysages de montagnes Coréennes, éprouver la modernité de l’Asie à Séoul, découvrir leur mode de vie. Je suis très contente car je partirai de septembre à novembre 2012.

Les éclaircies
Les éclaircies

Animer des stages aujourd'hui, quel plaisir et quelle fonction cela représente pour vous ?
Aujourd’hui, Je suis curieuse d’être là, au départ pour une personne qui commence à s’intéresser à la photo, apporter les connaissances qui lui seraient nécessaires. Je sens que j’ai plus confiance en moi, plus de maturité pour transmettre aux autres et écouter les autres. C’est bien car j’ai envie de faire autre chose, l’enseignement est une chose nouvelle qui me plait.

Les montagnes rêvées n°8
Les montagnes rêvées n°8

Vous êtes très active sur Strasbourg en tant que photographe, comment définiriez-vous l'investissement pour cette ville envers la photographie ?
Je ne suis pas alsacienne mais j’ai choisi de vivre à Strasbourg après l’avoir découverte lors d’une participation à une exposition collective en 1992. J’aime cette ville et les rapports qu’on peut avoir avec les gens, les paysages de cette région, je me sens à la fois chez moi et étrangère car l’Alsace me paraît toujours mystérieuse. Les cours d’eau, la lumière, l’espace des forêts, le nom des lieux m’attirent. Strasbourg est une ville très intéressante et à la fois, je peux très vite me retrouver au pied d’une cascade, d’une montagne, en 1 heure. Je pense surtout que j’ai besoin de faire les choses à partir de là où on a choisit de vivre et qu’ensuite, je souhaite que mes images aillent ailleurs J’ai réalisé des séries de photos à partir de cette région bien qu’on ne reconnaisse pas les lieux dans mes images ! par exemple : la série des envolées a été réalisée sur le pont Vauban de Strasbourg où j’ai vu la possibilité de créer un faux horizon qui me permettait de photographier les oiseaux d’au-dessus sur fond noir. Quand j’ai voulu les montrer, j’ai cherché à Strasbourg un lieu qui pouvait être dans la continuité des prises de vues, c’est comme cela que j’ai exposé dans le cloître de l’église Saint-Pierre le Jeune en 1998. Je les ai exposé avec des poèmes gravés de Philippe Jaccottet sur 30 mètres de plaque de verre. C’était une forme d’installation pour ce lieu. Puis cette exposition a été montrée dans deux cloîtres dominicains en Alsace en 2000, puis en Allemagne dans les instituts culturels de Rostock, Hambourg et Dresde dans l’année 2001 et 2002. j’ai été aussi choisie par Madeleine Millot-Durrenberger, collectionneuse de photographies contemporaines pour travailler sur la Cathédrale de Strasbourg pour la Ville et le Musée de l’œuvre Notre-Dame en 2000. J’ai ouvert un jardin d’une maison pastorale le temps d’une expo dans le quartier Saint-Thomas que j’aime beaucoup en 2006. Et en même temps, elle était programmée pour être exposée dans la galerie Françoise Besson à Lyon. C’est drôle ! c’est vrai qu’actuellement je réponds à une commande depuis deux ans pour un magazine culturel qui s’appelle Zut où je fais le portrait de personnalités de Strasbourg pour la rubrique « Strasbourg vu par » . Mon travail a ses racines en Alsace car je me sens libre ici.

interview RD

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