Les photographies de paysage d’Alexandre Félix : recréer les perceptions visuelles au cœur de la nature

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Les photographies de paysage d’Alexandre Félix : recréer les perceptions visuelles au cœur de la nature
Interview « Photographes »

Alexandre Félix est avant tout un photographe de paysage. Alliant son expérience technique dans la publicité à sa sensibilité artistique, il nous propose de splendides spectacles naturels. De la Nouvelle-Zélande à La Réunion, Alexandre Félix veut recréer les sensations visuelles qu’il a expérimentées lors de ses voyages. Il expose pour la première fois en Moselle, l’occasion pour nous d’en apprendre un peu plus sur ses voyages et bien sûr, ses photographies.


Maori, Tamaki Village, New Zealand

L’inauguration de votre exposition se déroulera le 30 Mai à 6h05, au lever du soleil au premier jardin Maori réalisé en dehors de Nouvelle Zélande. Comment s’est déroulée cette première collaboration ? Que ressentez-vous à l’approche de cet évènement ? Qu’est-ce que cela signifie pour un tout jeune photographe ?

Ce n’est pas mon exposition, c’est avant tout « le premier jardin Maori réalisé en dehors de Nouvelle-Zélande ». Très rapidement, après être rentré de Nouvelle Zélande, j’ai pris quelques jours pour retoucher les photos qui sortaient du lot. Je les ai tout de suite posté sur Flick’R pour avoir des feedbacks. Et les stats ont explosé... 7000 vues en une semaine, les commentaires positifs, les ajouts en favoris, ça m'a vraiment motivé. Face à cet engouement, Pascal, membre du Conseil Général de la Moselle, m’a envoyé un message sur Flick’R quelques jours après les publications en m’expliquant son projet : organiser une exposition photographique permanente de 40 images : 10 portraits, 10 paysages, 10 animaux, 10 plantes, au sein du premier jardin Maori. Tout est allé assez vite au début, c’était tout nouveau pour moi ! Je ne connaissais pas du tout le milieu professionnel de la photographie, je lui ai demandé de me laisser quelques semaines pour me renseigner sur les démarches et tout ce qu’il y a derrière le métier de photographe. Je me suis vite rendu compte que ça ne pouvait que m’apporter du bonus, tout était pris en charge. Je lui ai donc envoyé la sélection de photos qu’il avait faite avec son équipe, une vingtaine d’images, principalement du paysage. La décision finale du choix des photos a été validée par des Maoris, qui seront d’ailleurs présent lors de la cérémonie d’inauguration du jardin. Au final, deux de mes photos seront exposées, deux portraits de Maori, et j’en suis ravi. Ceci est très encourageant pour moi, et je suis content de participer à un évènement comme celui là, ce n’est pas qu’une simple exposition, c’est un bout de Nouvelle-Zélande en France.

Vous venez de terminer vos études de direction artistique publicitaire. Vous dites que c’est pendant ces années que vous avez rencontré des photographes professionnels. Quel a été l’impact de ces rencontres sur votre rapport à la photographie ? Vous ont-elles transmises une passion ou une approche plus technique de la photographie ?

Je faisais déjà de la photographie avant mes études supérieures, mais de façon occasionnelle. Ceci dit,  j’avais déjà une vraie passion pour les arts graphiques, et j’aimais passer du temps sur Photoshop à expérimenter des techniques. Les études m’ont permis de réunir les deux. Je me suis vite rendu compte que maîtriser à la fois la photographie et Photoshop permettait de faire des miracles. En fait, certains professeurs étaient aussi photographes, et m’ont fait découvrir de nouvelles techniques. D’autres, des directeurs de création ou directeurs artistique, m'ont également inspiré à travers leur culture, leurs références, etc...Tous ce qui m'a permit de me construire. Donc un peu les deux à la fois.

Vous avez écrit que vous « jouiez » avec votre réflex. Est-ce que le jeu s’est transformé en une forme plus sérieuse ? Si oui, quel(s) a été l’évènement déclencheur et qu’est-ce que ça a changé dans vos photographies ?

Au début c’était un jeu, comme une GameBoy que tu prends et que tu reposes au bout d’une heure quand la partie se termine. Avec les études c’est devenu une passion, j’ai commencé à étudier la composition des images, la symbolique des formes et des couleurs, l’importance de la lumière... Et je me suis aperçu qu’on ne construisait pas une image en claquant des doigts ! C'est tout le travail derrière l'image qui m’a fasciné. J’ai pu m’exercer sur les briefs créatifs de l’école lorsqu’on avait des compétitions ou des devoirs à rendre. La plupart du temps cela concernait le print publicitaire. C’est dans ces moments là que j’ai commencé à me poser des questions avant d’appuyer sur le déclencheur. J’ai vu que je commençais à y prendre goût et j’ai rapidement vendu mon 350D pour un 60D. Dès que j’avais l’occasion de sortir mon appareil je le faisais, mon approche de la photographie avait changé.


Veja

Vous êtes partis pour la Nouvelle-Zélande avec quelques affaires. On vous imagine en sac à dos, un appareil photo en main : le fantasme du reporter. Se couper de la vie quotidienne et rendre compte d’un environnement de manière réaliste, est-ce la démarche que vous avez recherchée ?

Je venais de terminer mon stage de 6 mois chez BETC en tant que DA, et j’avais vraiment envie de voir autre chose que la France et Paris. Coup de bol, ma tante habite en Nouvelle Zélande depuis presque 15 ans, et je n’avais jamais eu l’occasion d’y aller avant. J’avais déjà repéré les endroits que je voulais découvrir. Et ma tante et mon oncle étant de vrais amateurs de randonnées, ils connaissaient le moindre caillou là-bas ! Donc bien qu’au milieu de nulle part, je n’étais pas lâché dans la nature. Désolé pour le fantasme du reporter.. ! Une fois le voyage préparé, j’ai vendu mon 60D pour passer au 5D MarkII avec comme objectif le 24-105 L USM, et le 16-35 L USM pour photographier tout ces paysages.

Donc c’était le début de mon « challenge » : la photographie de paysage. J’avais un peu la pression pour être honnête. Je venais d’investir dans tout ce matériel professionnel, et je n’avais jamais expérimenté la photo de paysage auparavant. Heureusement pour moi, je ne pouvais pas trouver mieux que la Nouvelle Zélande.


Franz Josef, New Zealand 


Lindis Pass, New Zealand

Vous parlez également de « cadeaux » de la nature. Comment procéder vous pour capturer ces cadeaux ? Repérages, recherche sur la lumière, sur les conditions climatiques ?

Je n’avais qu’un mois en Nouvelle Zélande pour faire le tour des deux îles. Tout était planifié, ou presque. Je savais où j’allais dormir chaque soir pendant un mois, et je ne pouvais pas vraiment modifier mon itinéraire, cela m’aurait empêché de voir tout ce que j’avais prévu. Les conditions climatiques n’avaient qu’à bien se tenir, sinon c’était râpé. Pas la possibilité de dormir une nuit de plus à un endroit car il n’a pas fait beau tel jour, ou parce qu’il y a eu un éboulement etc.… J’ai eu de la chance sur l’ensemble, j’ai pu presque tout faire dans de bonnes conditions. Et même si le ciel était couvert, ce n’était pas si grave. Cela m’a permis de donner une atmosphère particulière. Sur le moment je shootais, je ne pouvais pas changer la météo. Les repérages c’est important pour ne pas perdre du temps, et les conditions climatiques j’ai appris à vivre avec.

Le Tongariro National Park situé sur l’ile du nord, offre la possibilité de réaliser une randonnée très réputée, le Tongariro Crossing. C’est l’un des endroits qui me tenait le plus à cœur et je ne voulais absolument pas passer à côté des paysages lunaires, et autres lacs d’émeraudes que propose ce site volcanique. J’avais prévu 2 jours pour assurer le coup en cas de problème climatique justement. Premier jour annulé, deuxième jour je n’avais plus le choix. Ce n’était pas conseillé d’y aller mais une fois qu’on est sur place on peut plus faire demi-tour. Je m’engage donc dans cette marche de 8 heures avec mon sac à dos. Au bout de quelques heures, j’avais gravis quelques centaines de mètres et le temps s’est couvert. A ce moment là j’ai vite compris que je ne verrais pas grand chose une fois en haut du volcan. Je ne voyais même pas les gens 20 mètres devant moi. Cet endroit était très particulier, j’avais l’impression d’être sur la planète Mars. Le sol était rouge/orange, de la brume partout, des morceaux de pierre rouge autour de moi. C’était un moment incroyable, bien que les conditions climatiques n’étaient pas favorables, les paysages qui m’entouraient ne ressemblaient en rien à ce que j’aie pu voir du Tongariro sur internet.

Qu’il pleuve, vente, que ca soit brumeux, je n’y pouvais rien, la nature doit s’exprimer, et je l’ai prise telle qu’elle est.


Tongariro, New Zealand

Pouvez-vous nous parler de ce rapport très fort que vous avez avec la nature ?

C’est délicat comme question, je ne veux pas partir dans un débat philosophique mais j’aime la nature. Elle nous offre la chance de pouvoir vivre, on a tout à lui donner et à recevoir d’elle. J’aime les choses simples, et la nature est à la base de beaucoup de choses, elle rythme notre quotidien. Au delà de ça, c’est une source d’inspiration inépuisable, elle est en perpétuel changement. On peut photographier 50 fois le même endroit, et faire 50 photos complètement différentes les unes des autres. La diversité que nous propose la nature attire beaucoup ma curiosité. Me rendre dans des endroits que je ne connais pas est quelque chose de très excitant. Même après avoir vu des centaines de photos d’un seul et même endroit, une fois qu’on y est on est toujours surpris, et c’est beau. La nature est un moyen d’évasion. En habitant à Paris, me rendre au milieu de nulle part, sans civilisation, juste en osmose avec la nature, est un moment de ressource important.


Milford Sound, New Zealand


Milford Sound, New Zealand

Les couleurs dans vos images sont impressionnantes. Quel est votre recette pour rendre de telles tonalités ? Comment parvenez-vous à trouver les réglages optimums ? Utilisez-vous des filtres pour ajuster la quantité de lumière parvenant à votre capteur ?

J’aime bien les couleurs vives. La nature est pleine de couleurs et j’essaye de les sublimer au travers de mes photos. Je ne pense pas qu’il y ait de recette, j’ouvre une photo sur Camera Raw, et je laisse ma souris passer d’un curseur de réglage à un autre, jusqu'à ce que je sois content du résultat.

Pour certaines photos c’est plus facile qu’avec d’autres. Une fois ce pré-développement fait, j’ouvre mon image sur Photoshop et je commence à nettoyer l’image si besoin. Je supprime les éventuelles poussières qui sont sur le capteur, supprimer un randonneur qui s’est perdu dans mon image, je recadre si besoin, et supprime le vignettage. Je passe ensuite à la colorimétrie en précision en ajustant les niveaux de lumières, la luminosité/contraste.

Les images les plus appréciées ont en général subit un peu plus de travail que les autres. En plus des manipulations citées plus haut, certaines photos sont des photos dites en DRI. C’est une technique peu connue, cousine du HDR. Avec une image DRI, les lumières sont équilibrées sur toutes les zones de votre photo, pas de zone surexposée ou sous exposée.?Vous allez pouvoir récupérer de la matière, donner plus de caractère à votre image grâce à une exposition parfaite sur son ensemble. J’assemble donc 2 à 3 images prises à différentes expositions. Je fais en sorte de reproduire ce que mon œil a vu, et non le capteur de mon appareil photo. Cette technique me dispense d’utiliser des filtres pour compenser les écarts entre les hautes et les basses lumières. Je passe moins de temps sur le terrain mais plus en post prod contrairement à un photographe qui utilise des filtres. C’est un choix.


Grand Brûlé, La Réunion

Certaines photographies semblent être très construites que ce soit une construction géométrique ou une dimension plus artistique, presque abstraite. Est-ce un choix ? Construisez-vous ces impressions ou est-ce fortuit ?

La direction artistique m’a appris à construire des images. Quand je suis sur le terrain avec mon appareil photo, je multiplie les cadrages et c’est au retour que je sélectionne celui qui me parle le plus. Certaines photos se construisent en post prod, juste par un recadrage en intégrant mieux un arbre ou un rocher dans ma photo. Je suis très attentif à la construction des images, c’est d’ailleurs ce qui leur donne un sens et une force visuelle.


Blue Sea, La Réunion


Leo Formica, La Réunion

Lorsque j’ai visionné pour la première fois vos photographies, j’ai été très agréablement surprise de percevoir si clairement les éléments. Le vent, l’eau ou l’air sont très perceptibles. Est-ce un choix lors de la prise de vue ? Qu’est-ce que sont pour vous les conditions optimales pour ce genre de rendu ?

Quand je suis sur le terrain et que j’observe le paysage qui m’entoure, j’arrive à me dire dans ma tête si cet endroit vaut le coup d’être photographié ou non, s’il a un vrai potentiel. J’arrive à sentir la façon dont je dois le photographier, il faut qu’il y ait quelque chose de plus ou moins extraordinaire, une lueur, une forme de nuage, une eau qui ne soit pas bleu. Une forme de nature que je n’ai pas l’habitude de voir quand je suis en France. J’essaye de capturer cette petite magie. Il n’y a pas vraiment de conditions optimales, il faut être là au bon moment, la chance a un rôle aussi.


Darna, La Réunion

Vous revenez de la Réunion où vous avez une nouvelle fois capté les paysages locaux. Cette série se situe-t-elle dans la même lignée que celle de la Nouvelle-Zélande ? Avec le recul de votre voyage néozélandais, avez- vous modifié votre façon de travailler ?

L’occasion d’aller à La Réunion s’est présentée par hasard. Je m’y suis rendu pour prendre du bon temps, travailler sur un projet publicitaire et pour la photographie évidemment.

J’avais peur que les photos ne soient pas à la hauteur de celles de Nouvelle Zélande. J’ai appliqué exactement la même façon de travailler pour mieux me rendre compte de mon évolution. A mon retour, j’ai de nouveaux posté mes photos sur Flick’R, et j’ai constaté qu’elles n’avaient rien à envier à celles de Nouvelle Zélande.


Sunrise, Piton des Neiges, La Réunion

Votre travail se caractérise majoritairement par la photographie de paysage. Souhaitez-vous vous tourner vers une autre forme de photographie ? Quels sont vos projets pour le futur ?

La photographie de paysage me permet petit à petit d’entrevoir une carrière dans la photographie. J’ai finis mes études en direction artistique publicitaire, et ne veux pas abandonner toute cette culture de la publicité que je n’ai pas exploitée entièrement.

Je cherche du travail dans la publicité actuellement, mais en parallèle j’essaye de me construire une identité en tant que photographe.

En juillet je vais participer à une formation pour apprendre la prise de vue en studio, portrait et packshot. Cela va me permettre de rajouter une corde à mon arc, et d’explorer une nouvelle forme de photographie qui pourrait m’ouvrir de nouvelles portes.

 

Propos recueillis par GT

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