Laboratoire Négatif +, l’accessible qualité

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Laboratoire Négatif +, l’accessible qualité
Interview « Labos, tireurs et matériel »

Negatif plus

Philippe Lopez est le fondateur et le gérant du laboratoire, créé au début des années 90 avec au départ un espace modeste, une petite tireuse Agfa, et une envie de durer. Avec le temps, il a étendu la surface et ajouté de nouveaux locaux, toujours dans la rue La Fayette, 10ème arrondissement de Paris. Très attachée à la qualité de ses tirages, cette enseigne conserve des tarifs grand public, et s'emploie à répondre aux attentes toujours plus larges des photographes.

Au départ Négatif + c’était la volonté d’un homme de monter un petit laboratoire, c’est ça ?

Oui tout à fait. Et puis nous sommes vite arrivés à 10 personnes cinq ans après le départ. Aujourd’hui nous sommes 39 personnes.

Quand on voit votre succès, qu’est ce qui a fait la différence vous croyez ?

Nous avons une palette de services importante et ça compte énormément. Tout ce qui est présenté dans nos tarifs, nous le faisons en interne, les noir et blanc, les cadres, les livres photos… tout. Par exemple pour les cadres que nous fabriquons depuis un an, nous avions commencé au départ par les importer du Vietnam, grâce à des amis architectes et décorateurs installés à Hô Chi Minh. La qualité des deux premiers conteneurs était tellement désastreuse que nous avons dû les jeter. J’ai donc acheté le matériel et un local dédié pour que nous fabriquions les cadres et les passe-partout sur place.

La recette c’est vraiment ce principe : tout faire en interne pour être opérationnel au maximum, et pouvoir dépanner nos clients si besoin. Bien sûr on ne fait pas que du dépannage, il faut qu’on s’organise car on a une masse de travail général à faire, mais nous avons tous les outils sous la main pour faire du travail rapide. Il faut prendre en compte aussi que lorsque quelqu’un sous-traite un article qu’il vend, la marge est très réduite. Nous ne sommes pas dans ce cas de figure.

La pratique de la photo s’est ouverte au plus grand nombre ces 20 dernières années, est-ce qu’on peut dire que Négatif + est le reflet de ce nouveau public, plus jeune, autodidacte ?

“Les jeunes découvrent cette pratique de la photo argentique, et ça devient une mode assez répandue.”

Si on considère le public pour l’argentique, nous avons en effet un public assez jeune - dans la vingtaine et parfois moins – qui se met à la photo argentique. C’est vrai que la pratique du numérique maintenant, c’est un peu la facilité… Les jeunes découvrent cette pratique de la photo argentique, et ça devient une mode assez répandue. C’est vrai que pour moi je trouve que c’est une autre philosophie, la prise de vue argentique nécessite de maîtriser beaucoup de choses, le cadrage, la lumière, et de faire attention aux 36 vues qui se trouvent dans le boîtier.

Vous-même, vous pratiquez la photo ?

Je fais de la photo mais uniquement argentique, question de goût en dehors du fait que j’ai tous les outils sous la main pour développer mes photos. Avant d’ouvrir le laboratoire, j’ai fait de la photo à titre amical pour l’Unicef, au Nicaragua et au Vietnam.  Je faisais ça gracieusement et en contrepartie, l’Unicef nous offrait des tirages et des dossiers de presse. Et depuis toujours je suis resté à l’argentique, même si je reconnais que le numérique est une technologie formidable, mais comme je ne suis pas professionnel je n’ai pas l’impression d’en avoir besoin.

Est-ce que l’argentique aujourd’hui, ce ne serait pas justement dédié aux loisirs ? Les pros ne peuvent plus travailler autrement qu’en numérique…

“Je trouve que souvent, même retouchées, les photos numériques ont un ton chair qui n’est pas aussi bien qu’avec l’argentique.”

Il y a beaucoup de pros qui font de la photo argentique mais pour leur travail personnel en effet. Dès qu’il est question de leur métier, ils sont en numérique, même si au niveau qualité c’est un peu moins bon évidement.
Ceci dit, dans le choix de la technologie il faut quand même faire un calcul, car le même reportage en numérique ou en argentique ne prends par le même temps. En argentique ils nous amènent dix films, demandent dix planches contact, font leur sélection et livrent les photos telles quelles. Le même travail en numérique de 360 photos, si la sélection est de 100 photos retenues, le travail nécessite 100 retouches, 100 réglages pour obtenir les qualités équivalentes aux meilleures pellicules, et cela peut prendre une nuit complète. Car les photos brutes ne peuvent pas être livrées sans retouches, et pour ma part je trouve que souvent, même retouchées, les photos numériques ont un ton chair qui n’est pas aussi bien qu’avec l’argentique.

Négatif + est un laboratoire qui convient à un public ayant plein d’usages différents de la photo, est-ce que ça n’a pas fait fuir avec le temps les pros et les artistes un peu élitistes ?

Non, je ne pense pas. Nous faisons beaucoup de tirages d’exposition, nous avons en ce moment des artistes reconnus qui apportent leur travail et nous en avons toujours eu par le passé.
De toute façon notre clientèle évolue, des clients partent, d’autres arrivent, beaucoup reviennent, c’est assez magique ! En tout cas nous ne nous faisons pas trop de soucis, le chiffre d’affaire ne baisse pas, le laboratoire fonctionne bien, bien sûr je reste quand même vigilant à la direction.

Aujourd’hui vous faites plus de numérique ou plus d’argentique ?

En fait l’activité argentique continue de tourner comme avant, nous sommes même en progression d’environ 20%  sur le développement de films cette année par rapport à l’année précédente, et la part de noir et blanc a doublé avec le temps pour devenir plus importante que le développement argentique couleur.
Sur l’ensemble, le développement argentique représente un petit peu moins de 50% chez nous et ne baisse pas. Par contre je pense que le jour où il baissera, si ce jour doit arriver, le numérique reprendra le dessus et nous aurons toujours autant de clients. Je n’ai jamais observé chez nous de perte de parts de marché lorsqu’un produit se termine, provoquant une baisse du chiffre d’affaire. Certaines choses baissent, d’autres remontent, nous restons constant et ça a toujours été comme ça. Les duplicatas de diapo représentaient des milliers de tirages par semaines à une époque, nous avions des dossiers de presse entiers en duplicata. L’activité aujourd’hui est passée de dix mille à cinquante mais nous avons retrouvé d’autres part de marché, développé d’autres activités comme par exemple les tirages par internet avec un site très performant qui évite aux gens d’avoir à se déplacer. Sur ce point d’ailleurs nous avons mis le paquet, ainsi que sur la tireuse qui nous permet d’éditer les livres photo. Ces deux nouveaux outils nous ont couté 90.000€, mais nous savons que c’est primordial pour l’évolution de la société et nous ne nous sommes pas trompés.

Les livres photo, vous les faites aussi en interne du coup ?

Voilà, nous avons la machine qui fait ces livres, une presse numérique Canon qui ne s’apparente ni à l’imprimerie ni à la copie, mais est un intermédiaire entre les deux. Elle nous fait le recto-verso, le dos carré collé automatique et tout ça avec une qualité d’impression vraiment très bonne.

Un laboratoire comme Négatif +, c’est viable aujourd’hui ?

“Il faut être très attentif aux évolutions de la photo.”

Oui tout à fait, et je pense que ça va continuer. Par contre il faut être très vigilant et il ne faut pas croire que ça roule tout seul. Il faut aussi être très attentif aux évolutions de la photo, et justement surveiller les changements autour de l’argentique qui représente une grosse part du chiffre d’affaire. Nous n’avons pas eu de grosses difficultés historiques avec la disparition de certains matériels, par exemple lorsque les films Agfa ont disparus – ce n’étaient pas les meilleurs du monde – la clientèle les a remplacé par les films Fuji ou Kodak.

Pour tenir tout cela nous faisons aussi beaucoup de communication dans la presse, nous continuons à diffuser notre magazine « Gueules d’Anges » qui est tiré à 10.000 exemplaires. Et nous ouvrons des nouveaux locaux, toujours rue La Fayette, nous transférons le service graphique et l’espace de retrait actuel, qui va passer de 40m² à 200m². Avec les locaux de l’ancien espace de retrait, nous allons pouvoir étendre la prestation, faire de la reproduction à plat avec un grand statif, peut-être rajouter un autre scan rotatif… nous ne nous sommes pas encore fixé là-dessus. Surtout l’espace client sera beaucoup plus agréable, et représentera la surface totale de nos 200m² supplémentaires. Cela évitera que les gens attendent leur commande jusque dans la rue comme c’est le cas parfois, et ils pourront s’étaler pour regarder leur photo, avec des grandes tables.

Enfin, nous allons utiliser un de nos nombreux locaux pour le transformer en centre de formation.

Ce centre, en quoi va-t-il consister, et qu’en attendez-vous ?

L’idée de départ c’est qu’un grand nombre de nos clients nous posent des questions sur la photo numérique. Nous répondons au maximum quand nous pouvons mais nous sommes quand même limités, il y a beaucoup de monde, ce n’est pas notre métier, nous ne pouvons pas nous permettre de former nos clients de l’espace de retrait à la photo numérique !
Donc nous allons faire des sessions pour les débutants, apprendre pendant une journée comment fonctionne un appareil numérique, télécharger des images, étalonner leur écran avec une sonde, retoucher pour avoir une bonne chromie, etc. Nous aurons aussi des sessions pour les photographes beaucoup plus avancés, avec par exemple la présence d’un avocat en droit à l’image pendant une demi-journée, et des sessions plus courtes pendant une heure, trois heures, des cours à la carte sur différents sujets.

En dehors de l’aspect ouvrage, quel est l’étendu de votre champ événementiel ?

Nous faisons des partenariats, avec l’Unicef depuis peu, une exposition à la Mairie du XVIIIème. Nous avons fait une cinquantaine de tirages en 60x80cm pour eux. Ces évènements chez nous restent malgré tout assez ciblés, nous offrons des tirages d’exposition à raison de deux ou trois par an. Ce n’est pas toujours dans un intérêt financier, parfois un coup de cœur suffit. Et beaucoup de clients chez nous annoncent notre marque lors de leur exposition même si nous n’avons pas participé.

“Notre but (...) est de garder cette taille humaine et ce niveau de qualité.”

Les photographes sont assez fiers de leur laboratoire souvent…

Oui, ils reconnaissent la relation humaine avec les responsables et les employés de Négatif +, ils aiment notre qualité, et le fait que nous arrangeons les choses dès que nous pouvons. Nous avons une bonne volonté et en général ça se passe très bien, et nous avons une vraie réputation au niveau du résultat graphique. Enfin au niveau des prix, ils sont étudiés, ils ne sont pas les plus bas car il y a évidement moins cher que nous, et plus cher, mais ces tarifs sont fixés pour faire notre marge, payer les gens qui travaillent, les locaux etc.

Notre but n’est pas de faire encore plus de volume comme certaines très grandes enseignes qui existent uniquement sur internet, mais plutôt de garder cette taille humaine et ce niveau de qualité. Nous avons en fait souvent le même niveau de prestation et le même matériel dans les locaux que les enseignes qui pratiquent des prix très hauts, mais ouvert chez nous à un public plus large, avec des tarifs étudiés pour tous. Je suis même parfois surpris de voir comment certains laboratoires peuvent se permettre de vendre aussi cher des tirages de qualité qu’ils ne sont pas les seuls à maîtriser. De plus, sans vouloir exagérer sur nos atouts, je ne suis pas sûr que tous ces laboratoires très chers et assez petits soient capables de souplesse et de réactivité quand on leur demande au dernier moment une grosse commande, un dépannage urgent ou une prestation particulière. Je pense que nous sommes aussi professionnels et que nous pouvons en plus absorber des grosses productions de qualité quand il y a besoin.

Propos recueillis par RD

Lien vers le site du laboratoire Négatif +

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