L’esprit collaboratif d’Amélie Chassary

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L’esprit collaboratif d’Amélie Chassary
Interview « Photographes »

Malgré un début dans la peinture et l’illustration, il y a trois ans qu’Amélie Chassary s’est lancée dans la photographie. Aujourd’hui, cette Corrèzienne est devenue Parisienne et elle se présente en tant que photographe auteur, avec son expérience des mises en scène et sa passion pour les collaborations.

Quelle est votre spécialité dans la photographie ?

La réalisation de mises en scène souvent narratives et le jeu des couleurs.  Par exemple, la série « Dark Tranquility » tourne autour des rapports entre homme et femme (solitude, abandon et amour). Elle est rhytmée de paysages mélancoliques et cherche à traduire un calme étrange. Tout est mis en scène et les couleurs ont leurs symboles. J’ai beaucoup de thèmes qui tournent autour du silence et de la rêverie. Ils sont mes premières sources d'inspiration.

Vous faites aussi de la photographie de mode. Pour une série comme « Le bon look » pour le magazine Le bonbon, quelle est la vie de ces photographies ?

Pour l’instant, elles n’ont qu'une seule vie, celle du « bon look » mais avec Anthony, styliste collaborateur sur ce projet, on aimerait faire une petite exposition de tous ces portraits.

Comment décrivez-vous l’échange artistique entre vous et les stylistes avec qui vous travaillez, comme Anthony Watson par exemple ?

C’est un vrai échange avec beaucoup d’écoute et de complicité. A mon avis, le plus important est de rester curieux et ouvert à toute proposition. J'aime partager les idées, collaborer et tout autant travailler seule. Parfois des choses magiques se passent sur des shootings !

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Je connais Anthony depuis 8 ans. On s’est rencontré à Paris, je suivais des cours à l’école Met de Penninghen (ESAG). Durant le mois de Juillet, je faisais des petits jobs et surtout coupais les cheveux de mes potes. Une amie m'a envoyé au salon « La chambre à hair », rue de Lappe où j'y ai rencontré Anthony. Et à partir de ce jour on est devenu de vrais amis. On a commencé à travailler ensemble quand j'ai décidé de me lancer dans la photo. Lui étant coiffeur et collectionneur de chaussures et accessoires; moi accumulant valises à robes et cahiers d'idées, je lui ai propose d'intervenir dans mes mises en scènes au travers du stylisme et de la coiffure. Aujourd'hui, ça continue !

Vos photographies personnelles et professionnelles, comment les différenciez-vous ?

Mes photographies professionnelles ont plus de codes à respecter (lire le vêtement ou l'accessoire), plus d’interventions dans la lumière (éclairage artificiel et studio) et ont un rendu plus lisse même si parfois j'impose un grain, une matière, des clairs obscurs ; alors que dans mes photographies personnelles, je prends des risques, joue avec les cadrages. J’ai plus de temps donc je vais pouvoir attendre la lumière naturelle et y méler la lumière artificielle. J'essaye aussi plusieurs pellicules car l'argentqiue est l'outil indispensable dans mes projets artistiques. J'associe le numérique aux commandes professionelles.

Par contre, j'arrive encore à imposer mes modèles au client, toujours à l'affût de carismes, de visages et silhouettes intéressants; le casting sauvage est pour moi essentiel. Tous mes modèles ne sont pas des mannequins, ils me donnent beaucoup; ce sont les personnages de mes images.

Pourquoi préfères-tu ce casting sauvage ?

Plus de surprises, d’inattendu et quelque chose de très sensible, de naturel et d'élégant se dégage dans ces modèles sauvages. Ils ont une maladresse qui enrichi l'image. Les mannequins sont très bien mais un peu formatées. Elles sont cependant indispensables pour certaines commandes.

Le projet « Huis-Clos » a été récemment exposé à Paris.  Il y a-t-il une méthode de travail particulière pour ce projet collaboratif avec Lucie Belarbi ?

 

Oui, il y a une grande méthode dans le travail. Longues mais indispensables pourfaire ces images, discutions, échanges d'idées, références sont primordiales, ensuite on les met sur papier pour construire les mises en scènes. Puis viennent le repérage des lieux, le choix des modèles et l'accessoirisation du décor et du stylisme. Lors des prises de vue, Lucie installe sur mesure les costumes qu'elle lie aux décors, nous réaménageons l'espace et je défini les sources de lumières et les prises de vues. Notre secret est l'écoute et le respect des idées.

 

Dans les cinq images de la série « Huis-Clos, » est-ce qu’il y a plusieurs pellicules représentées ?

Oui, je décide de photographier avec environ cinq pellicules de qualité et sensibilité différentes pour obtenir une chromie précise à chaque image. Mon outil de travail est un Hasselblad. Je n'interviens pas sur les images lors de leur numérisation, les scans sont bruts car tout est étudié lors de la prise de vue. C'est une méthode de travail expérimentale mais très réfléchie.

Quelle était l’idée au départ de mélanger le tissu avec la photographie ?

Lier le corps au décor au travers de l’action du modèle photographié. C’est très évident dans la photo de la table et du fauteuil et plus subtil dans les autres. Nous ne cherchons pas à reproduire sur chaque image cette démarche de façon redondante mais plutôt à répondre sur ce thème en fonction des lieux et des actions choisis.

Donc vous continuez à travailler ce projet ?

Oui, il n'est qu'au début de sa vie. Nous souhaitons explorer d'autres espaces intérieurs. Actuellement, de nouvelles images sont en cours d'élaboration.

Pour ce projet, il y a une référence au puzzle – quelle est « l’image » qu’on voit dès que les pièces du puzzle sont rassemblées ?

Une maison théâtralisée sur plusieurs étages avec des pièces de différentes tailles et un monde imaginaire très proche du réel. En effet, chaque scènes peuvent se répondre dans leurs cadrages, jeux de lumières et identités.

Constatez-vous des difficultés, ou des avantages, en tant que femme jeune photographe à Paris aujourd’hui ?

Non pas vraiment. Je ne pense pas qu'aujourd'hui dans les milieux artistiques, l'identité sexuelle soit un frein.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Je continue le projet « Huis-Clos » et je m'occupe de la direction artistique d'un clip en collaboration avec Aurélie Carmouze. Dès Septembre je commence un projet avec Anthony Watson. J’ai aussi rencontré à la galerie Think and More, une plasticienne, Nathalie Delhaye avec qui nous allons monter un projet autour du portrait. Avec Maryline Robalo nous préparons un livre sur mes premières images, autobiographique. 2011 va être une année à projets ! Depuis la série « Huis-Clos », beaucoup de personnesm’ont contacté pour des collaborations.

Propos recueillis par LG

Lien vers le site de Amélie Chassary: www.ameliechassary.com

Photographe auteur représentée par Julie Séguinier: www.juliesagency.com

Costumière-plasticienne Lucie Belarbi : www.etatdurgence.fr

Styliste-costumier Anthony Watson

Directrice artistique, fabrication & design graphique Maryline Robalo

Créatrice d'objets artistiques Nathalie Delhaye

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