Galerie La petite poule noire, ouverture entre amis

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Galerie La petite poule noire, ouverture entre amis

Situé dans le Paris des galeries d'art, ce nouveau nom intriguant se fait la voix d'une photographie exigeante et d'une étonnante décontraction. Ces cinq amis ayant tous un vécu dans le monde de la photographie, vont découvrir le métier de galeriste. Guillaume Binet nous a permis de sonder l'ambiance quelques temps après l'ouverture du lieu.

Qu’est ce qui vous a réunis tous les cinq pour ouvrir cette nouvelle galerie ?

Ce serait presque une question à poser à chacun d’entre nous car nous avons probablement chacun des motivations différentes. Finalement nous nous sommes rendus compte que c’est cette réunion d’envies qui a fait que cette galerie a pu naître.
Pour ma part je suis directeur de l’agence Myope et j’avais envie d’entrer dans une dimension beaucoup plus « posée » de la photographie, de montrer des choses dans un environnement différent de la presse.
Nous avons tous des compétences différentes et complémentaires, qui ont alimentés notre envie de créer un lieu. Nous en avons tous un peu marre des gens qui se plaignent et il est plus intéressant de faire, du mieux que nous pouvons et même en période dite difficile. D’où cette galerie de photographie d’auteurs contemporains.
Nous ne nous fermons aucunes portes, peut-être que nous exposerons de la vidéo l’an prochain mais pour le moment c’est ce que nous apprécions et ce que nous connaissons le mieux. Il est plus facile de montrer des choses dont on est capable de parler. En étant pointu avec des motivations réelles on peux faire quelque chose de bien. Donc nous avons passé outre le défaitisme de la crise. Pour ma part je connais bien le milieu de la vente de photographies de presse et même si les temps ne sont pas favorable nous faisons un métier que nous aimons et il faut le défendre.

C’est aussi une amitié qui vous réuni ?

C’est une amitié mais les compétences, et la confiance que cela peut apporter ont compté. Je travaille déjà avec des amis autour de moi, avec les avantages et les inconvénients que ça peut avoir, mais l’idée est née en regardant autour de nous. Nous avons pu compter sur ma femme qui est agent littéraire, la personne qui s’occupe du web, Camille qui travaille avec moi chez Myope et son réseau de contacts, des amis architectes qui nous ont aidé à créer cet endroit etc.

Si on considère la grande quantité de galeries à Paris, est-ce une aide d’être plusieurs pour la soutenir ?

Il faut se serrer les coudes parce que nous ouvrons un lieu qui est assez grand et qui est assez bien placé sur le boulevard Richard Lenoir, mais à part cette prétention dans le cadre, nous n’avons aucune prétention sur le fond : nous voulons nous amuser et faire quelque chose que nous aimons.
Je pense que nous allons nous planter pendant un bout de temps, aussi bien pour ce qui est d’un point de vue communication vers les acheteurs d’art qui est différente de celle que nous connaissons pour la presse ; que pour beaucoup d’autres choses. Par exemple nous avons aucun compétence commerciale vis à vis des visiteurs qui parcourent l’exposition au quotidien. Nous apprenons aussi à donner des explications à ces visiteurs qui n’ont pas tous les codes pour comprendre le propos d’un artiste. Nous avons tout à apprendre.
Mais si nous faisons ça parce que nous aimons ça, nous ne pouvons pas non plus vraiment parler de réussir ou pas pour le moment.

Dans la phase de recherche d’un lieu pour créer cette galerie, avez-vous cherché particulièrement un espace qui ne soit pas dans le Marais ou bien êtes vous tombé par hasard sur ce lieu ?

Nous avons cherché quelque chose de tout à fait classique mais il y a des zones plus ou moins chères. Nous avons eu l’opportunité de trouver ici un lieu avec beaucoup de travaux mais qui est assez grand et qui n’est pas trop excentré non plus du Marais, car nous voulions malgré tout rester dans la zone favorable aux visiteurs de galeries.
Nous voulions aussi un lieu festif avec des grands vernissages, nous avons envie de conférences, de ventes aux enchères, de concerts pourquoi pas… Il nous fallait un lieu dynamique et avec déjà une certaine marque géographique. Nous sommes très content d’être à côté de la galerie Magda Danysz qui nous aide, nous donne des clés et nous fait profiter de son dynamisme.

Vous avez eu une bonne réception de la presse qui voit fleurir en ce moment plein de galerie à Paris ?

Oui, tout a fait. Nous avons été très bien reçu, nous faisons de notre mieux et il n’y a pas de raison qu’on nous tape dessus tout de suite !...
Nous avons tous un métier autre que de tenir cette galerie, nous allons de notre mieux mais dans un esprit délibérément décontracté car c’est un travail supplémentaire. Si ce travail n’était pas passionnant il n’y aurait pas de raison de le faire.

Comment vous allez gérer au quotidien d’avoir cette galerie ?

Nous avons découvert ce qu’était l’emploi du temps des commerçant, ce que c’est que de tenir « une boutique », et à vrai dire aucun d’entre nous n’avaient pris conscience qu’il fallait ouvrir à 11h du matin et fermer à 19h… cet endroit doit être ouvert tout le temps ! Il faut que les gens prennent l’habitude de pouvoir rentrer et de pouvoir compter sur nos horaires, du mardi au samedi. Sur ce point ça va demander une certaine régulation.
Pour certaines personne d’entre nous il est possible de profiter de ce temps pour son propre travail : ma femme est scénariste, et dans un lieu calme on peut consacrer quelques heures pour écrire. Maintenant nous avons tous des ordinateurs, des mails, des accès à distance pour travailler, et nous nous rendons compte qu’il y a toujours des travaux de mailing, de relance, qui nous occupent au quotidien. Ceux qui ont des enfants sont assignés aux samedi, ma femme et moi sommes plutôt en semaine.

Le fait de se passer « les gardes » entre nous cinq, je ne sais même pas encore si cela peut marcher : il faut se passer les infos, gérer les artistes, les évènements… Pour le moment nous avançons pas à pas, nous avons une première exposition, nous allons bientôt concevoir la prochaine et nous réglerons les difficultés en temps voulu.
Nous allons aussi profiter d’avoir une autre pièce en dessous de la galerie, assez grande pour héberger les futurs bureaux de l’agence Myope, qui apportera aussi une présence quotidienne à une autre partie de l’équipe.

Votre ambition est-elle de représenter des artistes en exclusivité pour l’ensemble de leur travail, ou bien d’organiser des expositions personnelles ou collectives d’artistes divers ?

Cela va dépendre. Ce n’est pas la même quantité de travail. L’idéal serait de représenter les artistes, de gérer leur carrière en commençant au moment où ils sont « jeunes », moins connus, de s’en occuper avec une exposition par an, mais je ne sais pas si aujourd’hui nous savons le faire. Il y aura des artistes qui seront représentés, je pense que Oan Kim le sera, d’autres peut-être pas. Il faut aussi une entente entre nous, et pour le moment nous ne savons pas si nous serons tous d’accords sur le choix de ces artistes.

Nous allons aussi nous concentrer sur des expositions autour d’évènements. Au mois de juillet nous allons décrocher et organiser une exposition de photographies accompagnées de textes d’auteurs. Ces textes seront ensuite vendus aux enchères au profit du Secours Populaire. Cette exposition s’appellera « Douze histoires avant de partir en vacances ». Nous ne gagnerons évidemment pas d’argent sur cet événement mais ça permettra de montrer que notre but n’est pas que lucratif.
Encore une fois, nous avons créé cette activité pour nous, uniquement parce que nous aimons ça. Notre souci aujourd’hui n’est pas de vendre chaque image, notre but est plus d’être un peu prescripteurs d’opinion, d’être capable d’appuyer nos goûts, et enfin d’organiser notre temps avec le travail de chacun.

Est-ce que vous pensez, avec le temps, qu’une personne de l’équipe aura envie de se consacrer à plein temps à cette galerie ? Ou alors vous pensez que c’est nécessaire de garder ce concept, chacun avec son métier complémentaire en plus de la galerie ?

Je ne sais absolument pas… Même si c’est aussi un bureau pour la personne qui tient la galerie, je ne sais pas si j’arriverai à rester tout le temps ici.
J’aimerai beaucoup que nous puissions dégager un salaire et que quelqu’un puisse rester ici pour tenir la galerie, et évidemment ce serait l’idéal pour que nous puissions rester en arrière et créer des événements autour de ce lieu. Mais je ne suis pas sur que ce soit facile de déléguer ça complètement. A moyen terme je pense que nous essaierons.

Plus techniquement, au niveau de la production, est-ce que c’est la galerie qui prend en charge les tirages ?

Non, ce sont les artistes qui viennent avec leurs tirages. Nous ne pouvons absolument pas nous le permettre, et on nous avait prévenu que si nous le faisions nous ne tiendrions pas trois mois. Si nous pouvons aider et apporter des solutions nous le ferons évidemment, mais les photographes viennent avec leurs œuvres déjà prête à être accrochées. Nous nous occupons de tout le reste.
Nous pouvons par contre organiser des pré-ventes, des œuvres achetées à l’avance, c’est une notion intéressante qui permet aussi d’aider à financer la production de l’artiste.
D’une même manière nous espérons assez vite pouvoir avancer une partie de la production et se rembourser sur les premières ventes, ce qui semble possible puisque l’idée est de croire en ces artistes que nous exposons.

Comment allez-vous effectuer à cinq les choix entre les artistes à exposer ?

Je ne sais pas comment cela se passera toujours mais pour le moment je peux dire que ça ouvre des conversations tout à fait passionnantes !
Il y aura certainement comme pour cette première exposition et la seconde, des photographes qui viennent de l’agence Myope. Ces choix pour le moment ne sont pas fait par nécessité mais plutôt par goût car ce sont des photographes que nous connaissons déjà et cette confiance que nous pouvons avoir en eux est vitale pour commencer.
Nous connaissons aussi d’autres agences, d’autres collectifs et nous allons aussi avoir d’autres horizons prochainement.

Pour ce qui est des photographes qui viennent nous voir pour nous montrer leur travail, et il y en a pas mal, nous leur demandons plutôt des envois de mails pour éviter à tout le monde des manipulations contraignantes. Nous appliquons ensuite un premier choix qui se fait assez rapidement et pour ceux que nous retenons nous en discutons plus précisément tous les cinq. Ce qui est sur c’est que pour exposer quelqu’un il faut que tout le monde soit d’accord.
Les conversations que nous avons à ce moment, passionnantes comme je disais, et tout en restant toujours respectueuses de nos goûts respectifs, peuvent être parfois un peu houleuses, vives, animées… Nous apprenons aussi à nous parler et à travailler ensemble. Par exemple, il faut être capable d’essuyer un refus lorsqu’on propose un artiste et continuer à proposer d’autres artistes. Mais pour ma part je ne pense pas qu’il y ai de mauvais travaux, je pense qu’il y a seulement des travaux qui ne sont pas finis.

De ces conversations, y a t-il une direction artistique qui se dessinent ? Des goûts communs qui se révèlent ?

Nous sommes autour de la photographie d’auteur, documentaire. Mais il suffit que quelque chose d’un peu différent nous plaise pour que nous puissions nous en écarter j’imagine, nous ne nous fermons pas de portes.

Au tout premier vernissage, vous avez pu identifier d’où venait votre public ?

Il y avait du monde en tout cas ! Il y a eu un gros boulot de communication via Internet, les médias communautaires. Nous avions montré tous les travaux de la galerie au fur et à mesure et les gens ont bien aimé cet « avant ouverture ». Nous avons aussi envoyé pas mal d’invitations et recréé des fichiers de contacts à partir de nos sources respectives, et le fait que nous soyons cinq a bien aidé à ce que les gens viennent d’un peu partout.

Nous avons pu aussi faire venir des gens importants, du monde culturel, dans la première partie de la soirée, et ensuite les amis et les photographes sont venus en nombre dans la dernière partie de la soirée et ça nous a fait une belle fête. Pour le moment c’est encore un peu difficile pour nous de voir nos amis et en même temps de rester mondain et alertes aux enjeux qui se glissent toujours lors de ces vernissages. C’est peut-être là où nous ne sommes pas encore très vendeurs ! Mais je pense que si nous sommes sincères nous y arriverons. Il ne faut pas douter, ne pas bouder non plus son plaisir. Si nous commençons à nous ennuyer nous ne serons jamais bons.

Propos recueillis par SB et RD

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