Découverte : la maison de la photographie de Marrakech

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Découverte : la maison de la photographie de Marrakech

L'histoire progresse et les cultures s'ouvrent à tous les arts ; c'est au tour du Maroc de se doter d'un lieu de qualité pour montrer son patrimoine photographique. Patrick Manac'h et Hamid Mergani font vivre ce lieu plein de charme, qui profite aux touristes et bientôt autant aux Marocains. Petit conseil de la rédaction : le toit-terrasse offre une superbe vue et un restaurant de qualité.

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Quelle est votre expérience personnelle et professionnelle dans la photographie ?

Mon lien avec la photographie est avant tout culturel, si je peux dire. Paris étant un formidable terrain d'apprentissage avec de riches collections, des expositions, des catalogues. Je pense à des fonds peu connus comme celui du Musée de Chantillly.

Mon orientation personnelle est liée à l'histoire des idées, aussi mon intérêt initial pour la photographie est lié à cette approche. Bien sûr, il y a le regard émotionnel, particulièrement pour moi quand il s'agit de photographies "ethnologiques". Mais pas seulement: les "primitifs " français, ceux de l'Ouest américain, les splendides autochromes de Jules Gervais Courtellemont, ont jalonnés mon apprentissage.

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La Maison de la Photographie à Marrakech s’est récemment ouvert. Quelle a été votre inspiration pour lancer ce projet ?

J'ai rassemblé des photographies pendant des années, sur le Maroc par exemple. Puis j'ai compris que la Mémoire du Maroc est pour l'essentiel en France. Il y a donc un "Manifeste", ce mot prononcé modestement, dans ma décision : installer au Maroc ce qui devenait une "collection" de photographies sur le Maroc.

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L’importance de travailler avec les Marocains dans le musée, vous pouvez nous raconter cette collaboration ?

Je n'ai imaginé installer cette collection à Marrakech qu'avec un Marocain : il a fallu la rencontre avec Hamid Mergani, sa personnalité pragmatique, son élan, pour me déterminer. Ma décision devenait notre décision, la motivation profonde est dans la recherche du sens, sens public, mais aussi sens privé. Comment donner à une amitié un élan permanent vers l'horizon.

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Comment avez-vous établit la collection ? Pourquoi commence-t-elle en 1860 ?

Le fonds rassemblé commence en1862 parce que, tout simplement, il s'agit des débuts de la photographie au Maroc, c'est à dire à Tanger et Tétouan, à Volubilis avec les grandes planches " latines " de La Martinière.
Puis nous avons acheté selon les rencontres, ainsi le magnifique ensemble de 800 plaques de verre de 1926, prises dans le Haut Atlas. De là du reste l'ouverture d'un lieu spécifiquement "berbère" dans la vallée de l'Ourika.

Le don de Daniel Chicault, ses documentaires de 1957, appuya la décision. La thématique berbère est importante chez nous ; nous nous efforçons de trouver des images prises par les photographes Marocains à partir des années 1920, des Marocains de confession juive.

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Il y a-t-il des œuvres dans la collection dont vous êtes particulièrement fier d'exposer ?

Hormis l’exceptionnel portrait intitulé « Nègre, Maroc » de 1870, pour moi une figure d’éternité au même titre qu’une œuvre de Giotto ou le sourire de Bouddha, je n’ai pas de prédilection particulière. C’est la fascination du lien entre les photographies qui est un enchantement.

Que faîtes-vous pour approfondir cette collection ? Quelles directions voulez-vous prendre ?

Approfondir certaines collectes d’images. Le schéma reste le même : répondre à l’offre des vendeurs, être attentif. Il y a aussi, exceptionnellement, les dons. Parmi eux nous pouvons évoquer celui d’Ana Müller, fille de Nicolas Müller qui nous offre un splendide témoignage du Maroc.

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Il y a aussi un deuxième musée de la photographie que vous gérez : l’Ecomusée Berbère de l’Ourika. Comment ces deux lieux se différencient-ils ?

L’écomusée Berbère de l’Ourika accueille une collection photographique consacrée à la culture berbère (avec ses scènes de la vie quotidienne, ou des portraits en parure de fête..). Toutefois, l’écomusée a des objectifs et des orientations différentes. Il s’agit de mettre en valeur tous les aspects de la culture berbère dans une dynamique toujours actuelle, avec la participation de la population locale.

Comment sentez-vous l'ouverture de l'Afrique du Nord quand à l'art photographique ? Quelle proportion de visiteurs locaux par rapport aux touristes ?

La réception par le public Européen est formidable, mais nous avons pris des contacts avec les écoles, avec des institutions telle l'Ecole Supérieure des Arts Visuels, pour s'assurer de relations vers les Marocains. Un autre effort essentiel pour nous est la transmission : aussi nous recevons des stagiaires Marocains et il dépendra d'eux, à leur tour, d'agir ! Tous les Marocains qui ont un appareil photographique l'utilise. On entend parfois des réponses toutes faites, genre Islam égal rejet de la photographie ! Pas du tout: photographie fut et est l'expression d'une relation "dominant-dominé", bien souvent. La meilleure façon de dépasser ce genre de préjugés est tout simplement de donner accès à tous à la photographie.

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Les institutions, écoles, sont-elles intéressées et organisent-elles des visites ?

Les institutions européennes dans un premier temps ont été informées et sont venues. Cela nous a apporté parfois ce qu’il est convenu d’appeler un partenariat (avec l’Institut Français de Marrakech par exemple).
Nous avons aussi établi des liens avec la Bibliothèque Nationale du Royaume à Rabat. Un travail de fond envers le secteur éducatif est à réaliser : visiter un musée n’est pas encore une habitude éducative marocaine.

Ce projet vous a-t-il donné envie de rebondir sur un prochain projet ?

Et s'il fallait se projeter vers de nouveaux projets ? Absolument, former, transmettre un peu de savoir… qui sait ? Organiser un cours d’histoire de la photographie, de l’histoire des idées,  aider les institutions, les bonnes volontés.

Peut-être témoigner aussi auprès de la puissance publique, en France, de ne pas laisser dormir nos archives : organiser des expositions, des lieux d'exposition, dans tous les pays qui ont eu avec la France une relation que nous devons porter plus loin aujourd'hui. La photographie est une passerelle. Il y avait dans les utopies des Jules Gervais-Courtellemont, Albert Kahn... de belles anticipations à comprendre.

Interview par LG & RD

Site de la Maison de la Photographie de Marrakech et de l'Ecomusée Berbere de l'Ourika

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