Coco Amardeil, photographe mode et déco

portrait: 
Coco Amardeil, photographe mode et déco
Interview « Photographes »

Photographe d’origine Canadienne installée à Paris, Coco Amardeil évolue dans le milieu de la mode et de la déco. Elle nous montre qu’il est possible d’être à la fois une vraie professionnelle dans ces domaines et d’apporter sa sensibilité, de l’humour et de l’humanité.

 

Comment et pourquoi avez vous commencé à photographier ?

A vingt ans je suis allée travailler quatre mois en Italie et c’est là où j’ai commencé à mitrailler. Au retour de ce voyage je ne voulais pas continuer mes études, je voulais me lancer dans la photo. Je me suis rendu compte là-bas que c’était une passion et qu’il y avait des carrières possibles pour moi dans cet industrie. J’ai donc commencé par l’assistanat car c'était une manière de pouvoir apprendre et gagner sa vie en même temps.

C’était quelles années ça ?

Les années fin 80’s. Dans le meilleur studio de mode à Montréal, en qualité d’assistante, et j’ai appris comme ça. Je passais les journées dans la chambre noire à faire des planches contact, à jouer le coursier… De fil en aiguille je suis devenue première assistante, mais je me suis rendu compte que Montréal restait quand même très petit par rapport à la mode et je me suis décidé à partir à Paris pour faire mon apprentissage.

En arrivant ici c’était très dur et je n’avais pas encore mes papiers… Ce qui m’a permis de rester c’est d’avoir gagné mon seul concours, juste au moment où je suis arrivée. C’était un concours pour Photo Magazine. Le prix était un voyage autour du monde pour deux personnes, dans tous les pays producteurs de café, sauf que moi je ne pouvais même pas descendre de l’avion tellement j’étais fauchée ! Le coup de bol c’est qu’ils m’ont donné la somme du prix en francs, c’était 45.000 francs. C’était la somme que je devais à ma banque et ça m’a permis de rester en France. Sinon je retournais au Canada. C’était vraiment sur le fil…

Donc la récompense c’était de pouvoir commencer votre vie de photographe ?

Oui, en tout cas ne pas être obligée de retourner au Canada.

Comment vous qualifieriez vous en tant que photographe ?

Je suis passionnée mais en même temps j’aime tout le côté commercial, j’adore travailler avec des clients, avec les agences de pub, j’aime travailler avec des retoucheurs… J’aime tout le côté artistique mais j’aime bien aussi tous les côtés techniques.

Pourriez-vous nous en dire plus sur la réalisation de ces photos ? (la série « 8 femmes » ci-dessus et plus bas)

c’est un souvenir d’enfance, quand j’habitais en banlieue parisienne. On passait par l’avenue Foch, et je voyais les prostituées. Je les voyais de dos, à l’époque il n’y avait pas autant de chirurgie esthétique, elles étaient souvent blondes, et j’avais l’impression qu’elles avaient dix huit ans. Elles se retournaient et c’était le choc ! Elles avaient leur âge, elles n'étaient plus toutes jeunes… Très apprêtées, les talons, le look…

Je rêvais de faire ce sujet pour évoquer ce choc quand les gens se retournent. Et c’était aussi histoire de mettre en valeur les femmes d’un certain âge. C’est comme ça que j’en ai parlé à ces dames, c'est-à-dire, vous avez le corps d’une femme de trente sauf que vous avez l’âge que vous avez. Et vous êtes belle comme vous êtes mais votre corps est superbe.

Comme vous travaillez beaucoup avec la mode vous êtes vraiment touchée par tout ça…

Oui c’est vrai que là c’est quelque chose qui me touche énormément. J’essaie de travailler avec des femmes un peu plus mûres. De mettre en valeur leur beauté et de le démontrer.

Dans le cadre de ces portraits quelles sont vos méthodes de travail ?

J’ai fait un travail en amont. Un travail de repérage, casting, et stylisme. Au moment du shoot, je le fais très vite, tout est déjà préparé. Et c’est vrai que je n’aime pas trop faire attendre les gens. Je sais ce que je veux donc après j’exécute.

Quels sont vos rapports avec les modèles ?

Assez intime, je m’entends très bien. Pas de l’amitié mais de la sympathie.

Ce sont des mannequins d’agence ?

Oui, presque toujours. Je suis obligé à cause des histoires de droits. C’est de plus en plus difficile de travailler avec des gens sans agence. Là c’est l'agence "Masters", spécialisée dans les personnes âgées.

Une fois la photo prise, comment l’exploitez-vous ?

Soit elle paraît dans un magazine, dans un catalogue, ou bien elle va dans une pub. Elle a toujours une destination commerciale ou alors c’est mon travail perso.

Vos photos sont elles retouchées ?

Je fais que du nettoyage et de la chromie, je ne fais pas de retouches. Mes photos sont authentiques, ce ne sont pas des montages, ce n'est pas mon style…

Vous êtes quelqu’un qui privilégie la prise de vue donc…

Oui, je suis quelqu’un d’ « old school », je viens de l’école où je travaillais avec des Ektachromes. Je me suis mis au numérique il y a quatre ans, mais avant je faisais tout en Ektachrome. Donc il fallait vraiment que tout soit parfait dès le départ.

Ektachrome ?

Ce sont des diapos. On allait au labo, il fallait que tout soit parfaitement exposé, que les couleurs soient parfaitement équilibrées. On ne touchait plus à rien.

Quel est le message, les émotions que vous voulez faire passer à travers vos photos ?

J’aime apporter du décalé, de l’humour, du vrai.

Concernant cette série (les deux photos ci-dessous) je dirais que c’est trash mais beau. Ce sont des choses qui sont abimées, presque mortes, mais qui pour moi sont belles.

Quels sont les photographes que vous admirez ? Si vous deviez citer UNE référence en matière de photographie, quelle serait-elle ?

Tim Walker particulièrement. Nick Knight, Philip-Lorca di Corcia, Saul Leiter, Irving Penn, Wolfgang Tillmans.

Où puisez-vous votre inspiration, dans vos références ?

J’ai peur de puiser chez d’autres photographes. Je préfère m’inspirer de l’art contemporain, de la rue et du quotidien.

Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant ?

Tout se précise avec la pratique je pense. Il faut trouver un style et une spécialité.

Avec quel matériel travaillez-vous ? Vous voulez citer votre matériel ? C’est important pour vous ?

Pour moi, mon matériel est un outil, et j’ai plusieurs outils. Maintenant que je suis en numérique j’ai un boitier Canon que j’adore, le Mark III, les optiques sont superbes... Mais après, je suis bien avec du Hasselblad, ou avec du Mamiya. Mon boîtier préféré c’est mon Hasselblad X-pan. Mais c’est un outil et il faut trouver l’outil qui correspond au travail qu’on veut faire. Moi j’utilise ce boîtier en numérique parce qu’il fait des gros fichiers, parce qu’il suffit à tous mes travaux que je fais en tant que professionnelle. Par contre pour mon travail personnel je m’en sers très peu.

Quelle est votre perception de la photographie et de son évolution ?

La photo s’est démocratisée parce que maintenant tout le monde peux le faire et ça ne coûte rien. Donc il y a de plus en plus de gens qui font des photos, et c’est bien. Du coup on trouve des photos vraiment géniales chez des gens qui ne sont pas connus, des amateurs. Ce qui est difficile c’est de faire comprendre aux gens qu’il y a quand même une différence entre quelqu’un qui est amateur et quelqu’un qui est professionnel.
Etre pro ça veux dire aussi : gérer un client, assurer toute la prod avant et après, avoir de bonnes équipes, améliorer une maquette, plein de choses…

Aujourd’hui il y a de plus en plus d'images. Ça ne veux pas dire qu’il y a moins de qualité mais qu’il y a une abondance. Mais dans cette abondance il y a beaucoup de choses qui sont bien, c’est juste qu’il faut faire le tri.

Quelles sont vos projets ? Vos rêves ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?

Continuer mon travail personnel, continuer mon travail professionnel. Travailler plus mes photos, travailler plus mes mise-en-scène.

Dans votre portfolio, quelle est la photo que vous préférez ?

Celle-ci me rappelle le film « Le facteur sonne toujours deux fois ». Ça me fait penser à Jack Nicholson et Jessica Lange sur la table de la cuisine.

Voir l'article complet sur la série "Furniture fucking"  publiée dans le numéro été 2008 du magazine "Code d'accès" cliquez ici

Quel est votre plus grand plaisir en tant que photographe ?

La journée de la prise de vue.

Vos partenaires ?

« La souris sur le gâteau » avec qui je bosse pour les retouches.

Propos recueillis par RD
Le site de Coco Amardeil : www.cocoama.com

Le site de La souris sur le gâteau : lasourissurlegateau.com

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