Canal Pictures & Art, une galerie haute couture pour la photographie

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Canal Pictures & Art, une galerie haute couture pour la photographie

Ouverte il y a presque deux ans, la galerie Canal Pictures & Art se visite dans ce très beau lieu du 4 impasse Chausson, petite cour du 10° arrondissement. Le lieu a été conçu au départ sur une idée de galerie-brocante ; des objets et meubles anciens y sont toujours à vendre mais sont surtout là pour créer une atmosphère. La galerie d’art a pris toute son ampleur dans cette ancienne fabrique et est dirigée par Véronique Gautier-Roncen, qui nous présente ici son travail.

Galeriste, on peut en faire son métier ?
Eh bien on peut essayer en tout cas ! C’est une expérience récente pour moi et c’est plutôt passionnant. Je ne sais pas combien de temps elle va durer mais je vais essayer que ce soit le plus longtemps possible.

Qu’est ce qui fait la recette d’une galerie d’art ?
Tout d’abord un beau lieu qui donne envie de découvrir des belles choses, un lieu qui les met en valeur. Ici le lieu est un peu retiré mais ce n’est pas vraiment un problème parce que les gens aiment bien se balader dans les impasses parisiennes et tomber sur des endroits un peu reculés. Il faut communiquer un peu plus c’est sur, se faire connaitre. Maintenant quand les gens cherchent une galerie photo, ils trouvent l’adresse sur internet.

Les photos que j’expose ne sont pas non plus destinées à un public de passage. Ce sont généralement des beaux tirages, qui ont quand même un certain prix et on ne croise pas tous les jours des gens qui peuvent se les offrir.
La prospection se fait au travers des gens qui sont déjà amateurs ou qui connaissent le travail du photographe.
Les vernissages sont en général très prisés ici, il y a beaucoup de monde. Les collectionneurs, eux, viennent plutôt tout au long de l’exposition. Il y a aussi beaucoup de visites des gens du quartier. En tout cas je mets un point d’honneur à accueillir tout le monde de la même manière.

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Est-ce qu’on peut dire, dans votre cas, que la première partie de la vitrine de votre galerie est son site internet ?
Oui, son site propre et la communication qui se fait autour de ses expositions sur d’autres sites. Ensuite l’artiste amène ses propres connaissances et son propre réseau. La galerie Canal Pictures & Art est une jeune galerie et du coup j’ai moins de contacts qu’une autre. Donc je suis contente quand l’artiste apporte du monde et qu’on travaille ensemble.

Le fait d’amener du monde, c’est aussi un critère dans le choix des artistes ?
Non pas du tout. Le critère est vraiment sur l’émotion, sur le contact avec l’artiste, et sur son travail.

Estelle Dougier, comment l’avez-vous rencontrée ?
Je l’ai rencontré à travers une manifestation de la bibliothèque Château d’eau et de la mairie du 10°. Elles organisent tous les deux ans « les rencontres photographiques » et m’ont appelé pour me demander de participer à leur évènement. Tout s’est fait assez vite, elles ont communiqué mes coordonnées à un certain nombre de photographes dont Estelle Dougier. Je voulais donc qu’elle expose dans le cadre de ces « rencontres photographiques ». Elle m’a présenté son travail qui s’appelle « les passages noctambules ». J’ai beaucoup apprécié et je l’ai exposé en même temps que d’autres photographes. Toujours dans le cadre de cette manifestation, et comme le lieu ici est grand, j’ai exposé chaque trois semaines, trois artistes. C’est comme ça que j’ai rencontré Estelle.

C’est aussi de cette rencontre qu’est né son projet sur le Moulin Rouge. Lorsqu’elle a contacté le Moulin Rouge pour faire des photos ils lui ont demandé que ce soit pourune exposition dans une galerie ou une publication précise. Elle m’a parlé de ce projet et j’ai confirmé que j’étais d’accord pour exposer ces photos en particulier, sans voir son travail à l’avance, ce qui n’est pas courant. J’avais vu ses photos sur son site mais je n’avais aucune idée de ce que ça pouvait donner une fois tiré. Le résultat est magnifique.

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Aujourd’hui concernant les formats des tirages, qu’est ce qui se vend le plus ?
Ce n’est pas forcément les plus petits qui se vendent le mieux, au travers de ce qu’on voit actuellement sur les manifestations comme Paris Photo, on voit beaucoup de grands tirages. Il y a un engouement pour la sur-dimension en ce moment. Il y a un intérêt chez les amateurs pour la mise en scène de la photo qui sort de la représentation classique. Du coup il y a beaucoup d’imagination dans le traitement, et on voit beaucoup de choses en grand format.

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Comment rencontrez-vous les artistes en général ?
Au travers de vernissages, par connaissances, l’artiste vient parfois spontanément quand il a entendu parler de la galerie. Il y a quelques mois, suite toujours aux « rencontres photographiques », une jeune femme venait voir le travail d’une autre artiste, elle s’est présentée et a osé parler de ses photos. C’est pour moi une photographe de talent et quelques mois plus tard je l’ai exposée.

Quel est le quotidien d’une galeriste ?
Il y a toute une partie de communication et prospection, contact avec les collectionneurs potentiels, beaucoup d’échanges. Je passe beaucoup de temps sur internet, mais je vais aussi rencontrer les artistes. Tout ça me prend mes matinées. L’après midi je tiens la galerie du lundi au samedi de 15h à 20h.
Et là ça demande beaucoup de disponibilité. J’aime bien connaitre les artistes que j’expose, savoir parler d’eux est vraiment une valeur ajoutée que je veux privilégier. Les gens qui viennent ici peuvent avoir s’ils le souhaitent une explication complète sur l’artiste, sur sa façon de travailler, sur ses intentions. C’est important aussi pour les ventes, c’est assez rassurant pour la personne qui veut acquérir son travail, de savoir que derrière l’artiste il y a un parcours. L’acheteur souvent ne fait pas que craquer sur un coup de cœur, il veut aussi avoir une connaissance de l’artiste. Surtout les collectionneurs qui font un investissement, ils veulent pouvoir estimer le potentiel du photographe et s’il va devenir quelqu’un d’ important.

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Il y a quand même pour eux une vrai démarche de posséder quelque chose qui va prendre de la valeur ?
Oui tout à fait. En tout cas pour les collectionneurs. Et c’est vrai que les travaux que j’expose depuis l’ouverture de la galerie, sont plutôt orientés pour un public de collectionneurs. Chacun a son positionnement, c’est vrai que le quartier est quand même assez orienté vers la photo puisque la bibliothèque Château d’eau a un des plus gros fond de livres sur la photo, ils sont très documentés. Il y a aussi le centre Verdier qui donne des cours, et offre des stages en photographie. Donc l’arrondissement a une grosse connotation photo.

Nous avons eu une belle présentation de la galerie, parlez-nous aussi un peu de vous.
Je viens du monde de l’entreprise, je n’ai pas de formation artistique particulière mais j’y ai un intérêt personnel depuis l’enfance. J’ai toujours eu un penchant pour l’art en général. Concernant la photo, je m’y suis intéressée au travers de mon frère qui a fait des études de photo, et mon mari qui est photographe reporter d’image. Au-delà de mon parcourt professionnel de départ, mon parcours personnel m’a donc orienté vers l’art.

Après c’est un concours de circonstances, la découverte de ce lieu qui ne ressemblait pas du tout à ce qu’il est aujourd’hui. Au départ c’était une petite fabrique abandonnée, de laquelle le projet a germé. Je passais beaucoup de temps dans les galeries par intérêt personnel. L’idée d’ouvrir la mienne s’est formée entre mon travail précédent que j’ai quitté, dans l’idée de créer mon entreprise, et la découverte de ce lieu. Ça a été un croisement d’évènements.

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J’ai tout de suite eu dans l’idée en achetant ce lieu d’en faire une galerie, les grandes baies apportent énormément de lumière naturelle. Ce n’est pas la configuration habituelle d’une galerie mais ça m’a vraiment donné envie d’en faire quelque chose.

Quelle est votre regard sur la photographie et son évolution ?
La photographie connait une évolution assez fulgurante, et sa place dans l’art devient de plus en plus importante. On observe vraiment aujourd’hui un panel de jeunes photographes, un essor de la photographie couleur d’art, une très grande diversité dans le propos. On voit beaucoup de choses, il y a énormément de choix, et je suis très contente que la photo se démocratise. C’est parfois difficile de choisir, il faut suivre son instinct et faire confiance aux gens avec qui on travaille.

Propos recueillis par RD
Le site de la galerie Canal Pictures & Art

Voir l'article sur Estelle Dougier sur lesfotographes.com

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