Arnaud Tudoret créé un écosystème photographique : la banque d’image Donkeysoho

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Arnaud Tudoret créé un écosystème photographique : la banque d’image Donkeysoho
Interview « La photo et les médias »

« créatif, alternatif et innovant » sont les clés du positionnement de la nouvelle banque d’images Donkeysoho. En tentant de concurrencer le conformisme des grandes plateformes, cet acteur permet aux photographes de vendre une production inspirée artistiquement, à des fins traditionnelles de publicité ou de communication.

Copyright Donkeysoho

Professionnellement pour vous, quel est votre parcours avant Donkeysoho ?

J’étais directeur artistique en agence de communication, plus particulièrement en marketing opérationnel, depuis le début des années 90 à maintenant. L’exercice de ce métier mène le plus souvent à traduire et à réaliser en images les valeurs que le client veut associer à son produit ou service. Je me suis éloigné de ce métier passionnant mais très gourmand en énergie et en temps, pour me consacrer entièrement à Donkeysoho. À l’époque c’était très difficile de se consacrer à un projet personnel, de réfléchir pour les autres alors qu’on veut  sérieusement réfléchir  à son projet…

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D’où vient cette idée à l’origine ?

En tant que directeur artistique on est souvent capté par tout ce qui est recherche et production d’images. Même si nous ne sommes pas nous-mêmes photographes, nous faisons les choix et sommes garants de la direction artistique et photographique pour le compte de nos clients. Nous sommes l’interface entre le client et son besoin d’images.

Malgré tout, j’ai trouvé qu’il y avait un manque au niveau de l’image  dite "créative". Ce qu’on trouve dans ces grandes banques, ce sont des images pensées et produites à des fins d’illustration, ce qui répondait à un besoin des créatifs tout ça a sa place, c’est très bien de les avoir.
Chez Donkeysoho, les images sont plus anecdotiques, davantage inscrites dans le quotidien. Ce sont des instants capturés,  des reflets de la vraie vie. Moi je les appelle des images ‘habitées’, incarnées. On entre dans l’univers de celui qui en est l’auteur, dans une histoire qui est racontée. Par notre proposition, nos photographies  sont en rupture avec le formatage ambiant et offrent de la profondeur, moins de  clichés et plus de ressentit.

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Du coup les rubriques sont très différentes des banques d’images traditionnelles ?

Les rubriques par contre restent organisées de façon classique car il y a des codes à respecter et il ne faut pas tout remettre en cause. On peut présenter un travail qui s’éloigne ou est  à contre courant de la production photographique habituelle, pour autant il y a des réflexes qui sont liés à la recherche d’image qu’il nous faut prendre en compte. Nous ne sommes pas simplement une galerie, nous sommes un site "marchand d’images" et les organisons comme telles, nous adressant à  une clientèle qui à des réflexes dans la recherche iconographique. Si nous proposons des rubriques avec un vocabulaire différent, cela obligerait les visiteurs à apprivoiser un système de recherche (et de navigation) nouveau.  L’outil doit rester simple, il faut respecter les habitudes de ceux à qui je m’adresse, presse, édition, agences de communication, etc….

Enfin, il y a une rubrique « Magical mystery tour », une sélection d’images que nous proposons comme l’invitation à une promenade visuelle, une compilation de ce qui représente le mieux l’esprit du site.

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L’envie vient donc de créer quelque chose qui n’existait pas.

Absolument. Je suis partit d’un postulat, en tant que directeur artistique je ne pouvais pas trouver toujours l’image que je cherchais, que l’offre d’images n’était pas assez large, trop stéréotypée. Restreinte. J’ai eu envie d’emmener Donkeysoho vers quelque chose de  différent
On trouve quantité d’images différentes sur tous les sites d’images communautaires, qui sont le résultat d’une production intéressante, mais qui ne sont pas à vendre sur les supports où on peut les voir.
Mon but est donc de proposer à la vente ce contenu des médias sociaux, de proposer aux photographes présents sur ces réseaux de vendre leurs photos.
Ce point est très important, c’est même la genèse de la création de Donkeysoho : les sites de partage d’images –ouverts à tous- ont mis en avant une  production photographique généreuse et prometteuse. En créant Donkeysoho, j’ai voulu capter ces talents et proposer aux traditionnels métiers consommateurs/acheteurs d’images (presse, édition, medias, agences de com …) une plateforme capable d’offrir un vivier d’images avec un point de vue nouveau et original.

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Est-ce qu’on pourrait dire un peu "alter-mondialisme de la photo" ?

Je me méfie un peu de tous ces termes qui peuvent être appliqués à beaucoup de choses, et je ne veux pas m’enfermer dans ce terme. Ce qu’il y a de très vrai dans les images de tout le monde. Le talent est dans la rue, il est possible de capter les tendances, de voir au travers de l’œil de chacun ce qu’il a envie de partager. C’est ce que j’ai envie de diffuser aujourd’hui.
Nous avions surtout évoqué les termes de "biodiversité photographique" et d’écosystème, que je préfère à  alter-mondialiste (qui revêt un caractère revendicatif et réformiste). L’offre élargie à tous permet de créer cette biodiversité (chacun peut proposer son point de vue, personne ne l’impose. L’espace est et reste "ouvert".

Nous imposons à travers de ce site une ligne éditoriale, une ligne directrice, (nous n’avons pas vocation non plus à partager l’œil de tous) à tempérer ou à expliquer: l’idée est d’indiquer qu’il y a une administration au site et  une modération : des critères d’entrée qui permettent de conserver une ligne éditoriale claire et lisible. Tout travail répondant à ses critères reste bienvenu. Pour autant nous voulons être dans une actualité, une façon de voir les choses.

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Au niveau de la sélection, vous avez un comité éditorial ?

Non, c’est beaucoup moi, mais je partage mes nouvelles participations, je demande des avis, il peut y avoir des doutes bien sûr… Pour moi la ligne éditoriale est très claire, elle est annoncée et affichée.

Ce que les gens proposent aujourd’hui sur Donkeysoho colle déjà à cette ligne directrice ou bien il y a un gros travail de tri à faire à chaque fois ?

Au début c’était un peu plus difficile bien sur, il a fallu faire plus de tri, proposer un point de vue pour surtout être bien sûr que toutes les images affichées seraient très cohérentes les unes des autres. Maintenant, les gens qui viennent vers nous ont mieux compris quel genre d’images ils peuvent proposer.

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Il vous a fallu du temps pour mettre en place cette entreprise ?

Oui plutôt. La SARL a été déposée en janvier 2009 mais le site n’a été ouvert qu’en janvier 2010. J’ai eu besoin de temps pour asseoir avec certitude le projet final et les techniques utilisées pour y arriver. Je voulais en particulier  que le site soit évolutif,  et puisse proposer de nouvelles fonctionnalités. Tout cela prend beaucoup de temps à concevoir.

Quels retours avez-vous sur le démarrage de ce projet ?

Aujourd’hui nous sommes passés de cinq, six photographes que nous avions au début à 25. Je considère que pour le moment nous sommes dans une phase d’observations nous allons au-devant des clients, presse, édition, institutions culturelles etc pour présenter notre offre d’images. Pour le moment nous ne sommes pas vraiment connus, nous ne dépendons d’aucun groupe, nous sommes indépendants des réseaux de distributions classiques. Nous commençons à susciter l’intérêt et à vendre nos images, mais il nous faudra un peu de temps pour légitimer et installer notre offre sur le marché. Ces premières ventes nous ont permis de constater qu’il existe un écho pour le modèle que nous proposons et que l’essai a été transformé.

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Les tarifs ont été fixés sur quel modèle ?

Le sujet des tarifs a été très étudié. Le prix d’une image en général est un sujet passionnant, compliqué, il est difficile de trancher. Combien vaux l’image aujourd’hui ? Personne n’est capable de le dire… mais en tout cas, nous en sommes persuadés : l’image de qualité à un prix ! Notre équation, C’est un point de rencontre entre la valeur  que nous pensons pouvoir attribuer à une image  tout en tenant compte des impératifs économiques de nos clients.
Nous avons fait la synthèse des modèles économique existants et fini par déterminer une grille de tarifs raisonnable –et rationnelle- pour tous,  adapté au marché de l’iconographie commerciale. Pour que le client n’est pas la surprise de savoir combien va lui coûter son image sur Donkeysoho, nous avons forfaitisé les prix, compris entre 15 à 450 Euros. Bien qu’à prix forfaitaires, nous appliquons systématiquement une licence en droits gérés à nos images car nous tenons à en contrôler leur utilisation.

Concernant ces tarifs, le fait que Donkeysoho décide de faire part égale avec le photographe (50% de rémunération pour lui, 50% pour Donkeysoho), implique que l’équipe ait une action active dans la promotion de ces photos, comme le ferait un agent ou une galerie d’art, non ?

Oui tout à fait, nous nous positionnons un peu comme des agents. Le site est organisé comme un collectif, les photographes sont répertoriés par leur nom. Il y a toutefois une certaine liberté comme la possibilité d’apparaître sous un pseudo ou nom d’artiste, et la non-exclusivité des droits sur les photos montrées chez Donkeysoho.

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Quelle est l’action que revendique Donkeysoho pour réclamer 50% de la valeur d’une image ?

Cette répartition est venue assez naturellement dans l’idée que la valeur soit équitablement distribuée entre l’auteur et le diffuseur. Nous avons mis en place une banque d’image différente qui me semblait manquer, cette mise à disposition d’un outil pour nos clients finaux est un point principal. Ces photographies moins consensuelles, permettent de s’interroger un petit peu plus. Nous essayons de placer l’image dans une logique un peu plus naturelle, reconnaissante des photographes et de leur travail, dans un cercle vertueux depuis sa création jusqu’à sa consommation finale.

J’espère que Donkeysoho  sera dans le futur perçu comme la possibilité d’une promenade visuelle, inspiratrice pour nos clients et par le public. Nous souhaiterions pouvoir devenir un outil capteur de tendances dans l’image, assise, et inscrite dans son temps. Plus qu’une banque d’images : une source d’inspiration.

Interview par RD

Lien vers la banque d'images Donkeysoho

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