Anne Paq, portrait d’une photographe engagée

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Anne Paq, portrait d’une photographe engagée
Interview « Photographes »

C’est l’histoire d’une jeune photographe qui rencontre presque par hasard la Palestine, ce pays grand comme un grain de sésame comme le disait Mahmoud Darwich, et qui ne la quitte plus depuis. Anne Paq s’est faite un nom en tant que photographe mais aussi comme militante dans ce pays déchiré par un conflit trop connu aujourd’hui. Elle nous présente ici une approche sensible et généreuse de la photographie qui à travers son objectif devient une manière de « donner une voix à ceux qui n’en ont pas ».

Alors que tu ne te destinais pas à ce métier lorsque tu as commencé ta formation professionnelle, peux tu me raconter comment tu es devenue photographe ?

En effet, j’ai fait des études de sciences politiques plus exactement de droit international avec une spécialisation en droits humains. Je faisais de la photo depuis que j'étais ado, c’était une passion, par ailleurs, j’aimais beaucoup les voyages. La photographie pour moi était  liée aux voyages que j’ai pu faire.

Le déclic a été un voyage humanitaire que j’ai effectué en 2002 au Gabon. J’y suis partie dans l’optique d’y faire un projet photographique, j’ai pris une année sabbatique afin de le préparer et suite à ce voyage j’ai fait ma première exposition photo. Ce voyage a été un déclic car j’ai vu l’impact que pouvait avoir la photographie: c’est un outil puissant pour parler des situations politiques, économiques ou sociales dans le monde, en l’occurrence des problèmes humanitaires en Afrique.

J'ai ainsi lié la phototographie et la défense des droits de l’Homme. Puis j'ai passé mon diplôme en droits humains en Irlande.

Ici en Palestine ton nom est sur presque toutes les lèvres lorsque l’on parle de photographie. Comment en es-tu arrivé là ?

Je suis arrivée en Palestine grâce à un stage volontaire de fin d’études. Au départ je suis venue pour un travail juridique au sein d'une association palestinienne, coup de chance ils étaient en train de lancer une campagne contre les punitions collectives et dans ce cadre cherchaient un photographe. C'est cette opportunité qui m’a poussée dans la direction de photographe professionnelle.

Ce travail a donné lieu à une exposition à Ramallah, à la soirée ouverture, les photographies ont touché les gens. On m'a dit qu'elles représentaient bien la situation dénoncée mais qu'elles avaient  besoin d ‘être montrées ailleurs.  J’ai alors monté ma propre exposition « No(rmal) childhood in Palestine » en indépendante avec une amie : 1 an sur les routes d'Europe et du canada avec l’exposition accompagnée d'une présentation dans les universités et les écoles pour donner  des compléments d’informations et interpeler les gens.

A mon retour en Palestine j’oscillais encore entre le droit et la photographie mais je voulais être sur le terrain et non dans un bureau. J’ai abandonné mon boulot à l'université  pour faire un projet avec des enfants palestiniens dans un centre culturel au sein d'un camp de réfugiés à Bethleem. Depuis je me consacre à 100% à la photographie.

Peut-on dire que ta pratique photographique s'inscrit dans un domaine que l'on pourrait qualifier d'Activisme photographique ?

Oui, je me décris en tant qu’activiste

Peut-on alors parler d’objectivité, un terme qui semble être important dans le domaine de la photographie documentaire ou de reportage ?

Il n'existe pas d’objectivité en photographie. Je suis clairement engagée. Je fais partie d’un collectif, Activestills, qui utilise l'image en tant que vecteur de changement social. On se situe clairement dans la lutte et pas en dehors en train de la documenter. La question qui nous semble importante est de défendre les personnes et les situations  qui ne sont pas représentées ou peu dans les medias généralistes. On travaille avec les groupes et les organisations qui militent pour la paix ou plutôt contre les politiques d’oppression. Par exemple dans les manifs alors qu’il y a les soldats d’un coté, les manifestants de l’autre et les photographes en retrait entre les deux, nous avons tendance à être au milieu des manifestants. Activestills  a été créé en 2005 pour allier les forces de photogtraphes qui avaient les mêmes objectifs et ainsi  avoir plus d’impact. Le collectif comprend entre 5 et 10 photographes, pour la plupart israéliens, mais nous avons beaucoup de collaborations avec des photographes palestiniens, et d'autres photographes invites.

Tu dis qu’il faut montrer ces situations qui vous paraissent injustes, quelle est la diffusion des travaux que vous réaliser avec le collectif ?

Le collectif a un site internet ainsi qu’un compte Flickr, internet aujourd’hui est un des vecteurs de diffusion le plus important. Notre valeur est de rendre notre travail accessible au grand public. Une des plates formes régulièrement utilisée par le collectif sont les expositions de rue. On considère que la photographie ne doit pas être enfermée dans les galeries. On prône la réappropriation de l’espace public. On tire les images en format A3, c'est bon marché, cela n'implique qu'un petit budget et ainsi on peut imprimer des milliers de photos que l'on expose ensuite dans la rue pour toucher un maximum de personnes.

Les photographies faites par les membres du collectif sont aussi accessibles aux groupes avec qui nous militons et travaillons, qui peuvent ainsi le montrer dans leurs pays, la rue, les universités. Par ailleurs, nous faisons aussi un  travail de commandes pour des magazines, des  journaux ou des organismes de droit humain.

Mais en dehors du cadre du collectif  j’ai aussi mon propre travail, site , blog, expositions ... Mon travail personnel  s’inscrit dans le même cadre et traite des mêmes sujets.

Tu es donc en Palestine depuis 2003 maintenant, pourquoi être restée ici ? il y a beaucoup de causes à défendre dans le monde.

J’ai trouvé ma place en Palestine, il y a quelques chose ici de très prenant , ne serait-ce que par l'accueil et  la générosité des personnes. Plus on creuse la question, plus l’injustice de la situation nous pousse à vouloir nous impliquer. Cette situation injuste  est aussi le résultat de la communauté internationale et de son inaction, donc quelque chose dont on est aussi responsables.

Le fait d’être impliquée dans un collectif m’a aussi permis de rester, cela m’a fait avancer en tant que photographe.

Même si le conflit est hyper médiatisé il y a un déficit d’images du quotidien. De ce qui se passe vraiment. En habitant sur place nous avons beaucoup de choses à dire.

Comment pourrais tu décrire ta pratique photographique ?

Le thème principal de ma pratique photographique est celui de la vie quotidienne palestinienne sous l'occupation militaire.

Je m'intéresse à la résistance populaire, aux manifestations, aux diverses actions venant de la population. On peut considérer que la résistance à plusieurs visages, des étudiants qui vont à l’université, pour moi, c’est de la résistance. Ce type de résistance est très peu médiatisé et est pourtant très importante.

Mes photographies se tournent aussi vers les réfugiés  de part ma formation. Ca m’a ouvert des portes de travailler de l’intérieur, cela créé un suivi particulier.

Je pense que je peux inscrire ma pratique photographique  dans tout ce qui touche à la violation des droits de l’Homme, sujet lié à ma formation initiale.

J’ai vu que tu animais aussi des ateliers photographiques.

Je travaille aussi avec un autre collectif qui se nomme« Voices beyond walls ». Nous mettons en place des ateliers de narration numérique. Dans le cadre de ces ateliers les jeunes utilisent différents médias pour produire des courts métrages. J’ai aussi développé  une expérience en vidéo, et produit (coréalisé) deux courts métrages.

Pour moi ces projets sont très importants, je ne veux pas juste  être quelqu’un qui vient prendre des photos et qui s'en va. Mon travail est aussi le transfert de compétences, d’encourager les jeunes dans leurs diverses démarches.

Il faut apprendre à utiliser les médias, la bataille médiatique est très importante ici c’est nécessaire que les palestiniens soient capables de faire passer leurs messages par les images. Le pouvoir de l’image. Je crois que la photographie est un outil de transformation sociale.

La photographie est d’autant plus importante ici car les paysages changent, changements physiques des territoires. Pour contrecarrer effets d’annonce (ex : construction colonies qui avancent.)C’est un avantage pour moi d’être sur place,  de rester longtemps et de bien connaitre les territoires dans lequel j’évolue.

Un des moments les plus heureux pour moi a été le moment où j’ai pu exposer mes photos et celles des enfants que j’avais formé dans le hall des  Nations Unies à New York, mes propres photos aux cotés de celles des jeunes. En étant à l’entrée elles ont été vues par des milliers de personnes. Les palestiniens n’ont pas pu venir mais j’ai pu transmettre leur message,  ces voix qui sont étouffées peuvent s’exprimer à travers les photos.

Propos recueillis par MS

Lien vers le site de la photographe Anne Paq

Lien vers le site de son collectif Active Stills

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