Adaptation de la photographie vernaculaire : les recherches de Shawn Michelle Smith

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Adaptation de la photographie vernaculaire : les recherches de Shawn Michelle Smith

Portrait James Barnor/Autograph ABP

 

A travers ses interprétations artistiques et ses écrits critiques, Shawn Michelle Smith nous offre une vue à multiples facettes de la photographie vernaculaire. Actuellement professeur au School of the Art Institute of Chicago, elle partage avec nous sa vision et ses jeux sur des images personnelles et publiques, qui reflètent la culture complexe des Etats-Unis d’hier et d’aujourd’hui.

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Qu’est-ce qui vous a guidé vers une réflexion sur la photographie vernaculaire et vous a conduit à concentrer votre carrière académique sur ce domaine d’études ?

Une des choses qui m’intrigue dans la photographie est la vaste gamme des formes culturelles qu’elle prend. Elle est utilisée tous les jours par les scientifiques, les artistes, les journalistes, les activistes, en plus des gens ordinaires. J’ai commencé à étudier la photographie parce que je m’intéressais à l’histoire culturelle, et il semblait que cette technologie pouvait ouvrir des chemins différents vers la compréhension de la culture américaine.

Shawn Michelle Smith, Untitled, from the series Excess and Accident, silver gelatin prints, 24 x 30 inches

Vos écrits académiques vont en dehors du domaine de la photographie vernaculaire pour explorer le rôle de la photographie dans la politique sociale, surtout aux Etats-Unis. Qu’avez-vous conduit à étudier et à écrire sur des sujets autour de photos de lynchages, ou l’exposition mondial à Paris, en 1900, de William Edward Burghardt Du Bois ?

Au XIXème siècle, juste après l’invention de la photographie, les gens ont commencé à célébrer cette pratique comme une forme de représentation « démocratique ». Cette technologie, relativement peu couteuse, a permis qu’une représentation de soi-même, les portraits, soit accessible à un groupe plus large de consommateurs. Dès 1861, l’abolitionniste fameux Frederick Douglass, a compris le potentiel radical d’une telle représentation répandue, et il a célébré la photographie comme un utile progrès social et politique. Avec d’autres afro-américains, il a utilisé la photographie pendant la fin du XIXème et le début du XXème siècle pour créer de nouvelles images d’eux-mêmes – images qui lancerons un défi aux mauvaises interprétations et aux stéréotypes racistes qui prévales à l’époque. Pour un grand parti, je vois cette manifestation visuelle comme une force motrice dans cette collection de photographies d’afro-américains que W.E.B Du Bois a rassemblé pour l’Exposition de Paris en 1900. Dans mon livre, Photography on the Color Line, je situe ces images dans leur contexte historique pour pouvoir comprendre les manières avec lesquelles sont disputé les images racistes des afro-américains, répandu à cette époque là.

Portrait by Thomas E. Askew, in W. E. B. Du Bois, Types of American Negroes, Georgia, U.S.A., 1900, Daniel Murray Collection, Library of Congress, Washington, D.C.

Portrait by Thomas E. Askew, in W. E. B. Du Bois, Types of American Negroes, Georgia, U.S.A., 1900, Daniel Murray Collection, Library of Congress, Washington, D.C.

Dans votre analyse des collections multiples de la photographie vernaculaire, avez-vous remarqué la présence de thèmes nationaux ou régionaux ?

J’adore cette idée. En fait, je n’ai pas discerné un « style américain » dans les clichés, mais je trouve que ce serait un projet fascinant. Christopher Pinney a étudié l’émergence et la pratique de la photographie en Inde, et il a noté plusieurs choses distinctes qui identifieraient un style national. Aux Etats-Unis, il y a certainement des tendances et des façons de poser les sujets qui changent avec le temps. Dans le début du vingtième siècle, peu après l’invention de l’appareil portable de Kodak, la plupart des clichés étaient toujours assez formels. Les images que mes grands-parents ont faites de leurs enfants sont toutes très soigneusement posées pour commémorer des évènements spéciaux. Elles semblent être très sérieuses comparés à la plupart de clichés en circulation aujourd’hui.

Shawn Michelle Smith, Untitled, from the series Fragments from a Family Album, silver gelatin prints, 64 x 34 inches

Vous avez aussi une facette artistique – pouvez-vous nous décrire comment vos efforts artistiques complémentent vos poursuites académiques ?

En fait, mon travail d’artiste est très similaire à mon travail de recherche. Dans les deux pratiques, je commence en regardant de près un groupe d’images qui m’intriguent ou me troublent. Je cherche des répétitions qui émergent à travers ces images, et des détails qui se distinguent de la composition générale. Je suis particulièrement fascinée par les éléments qui ne collent pas dans leurs images, les détails qui semblent déranger la composition intentionnelle. Quand j’écris, je souligne souvent ces choses là et je suis les chemins narratifs vers lesquelles elles pointent. Quand je travaille visuellement, je fixe littéralement de tels détails, je taille, je coupe le reste de l’image pour mettre l’accent sur l’aberrant, le geste ou un centre d’intérêt. Dans les deux cas, donc, je demande aux autres personnes de regarder avec moi, de voir ce que je vois dans une photographie.

Shawn Michelle Smith, Untitled, from the series Excess and Accident, silver gelatin prints, 24 x 30 inches

Les photographies peuvent être incorporées dans de nouvelles pièces d’art dans une pléthore de manières. J’ai remarqué qu’une de vos méthodes est les transfères de Polaroid, comme dans Grass, ou Teacups. Pouvez-vous nous parler de ces méthodes variées avec lesquelles vous jouez ?

J’ai travaillé avec les photos et d’autres images trouvées de plusieurs manières différentes – en faisant des tirages argentiques, des transferts d’émulsions de Polaroid, et des tirages numériques d’encre d’archivage. Avec les transferts de Polaroids, j’aimais particulièrement l’idée de prendre littéralement l’émulsion d’une image et de la placer dans un nouveau contexte. Ces images soulignent aussi la matérialité de la photographie elle-même, elle tire l’attention vers la délicatesse de la surface et de la substance photographique.

Shawn Michelle Smith, Jello, from the series Maintaining a Life, Polaroid transfer prints, 19 x 49 inches

Concernant les matériaux, vous vous servez d’une base d’images personnelles et publiques. Faites-vous une différence entre le travail avec vos photos de famille et les photos trouvées, les photos anonymes ?

Mon travail visuel a commencé avec les clichés de ma propre famille. D’un côté, je me sentais à l’aise avec ces images, à l’aise pour les manipuler, parce que je me sentais en possession d’elles, en plus d’un attachement intense. De l’autre côté, j’étais nerveuse de voir comment ma famille allait réagir à ce travail parce qu’il va contre l’impulsion sentimentale que nous associons d’habitude avec les photographies de famille. Au début, j’ai hésité à travailler avec des images publiques, mais je suis devenu de plus en plus intéressée par le concept de possession « du public » pour ses propres images ; et dans les façons dont ces images peuvent être manipulées pour produire des interprétations alternatives. Je réduis souvent de telles images en formes minimales, en espérant qu’elles resteront vaguement reconnaissables mais non pas identifiables. Je cherche à attirer l’attention sur l’aspect nécessaire de ces images, de notre dépendance envers elles pour se souvenir, pour créer les histoires publiques et privées.

Shawn Michelle Smith, Untitled, from the series Fragments from a Family Album, silver gelatin prints, 30 x 16 inches


Shawn Michelle Smith, Untitled (Indiana, 1930), from the series In the Crowd, archival ink print, 14 x 11 inches

Shawn Michelle Smith, Untitled (Florida, 1935), from the series In the Crowd, archival ink print, 14 x 11 inches

Sur votre site personnel, vous dîtes : « Je cherche à comprendre comment les gens utilisent les photographies comme déclarations personnelles et politiques. » Avez-vous actuellement tiré des conclusions sur cette utilisation de la photographie ?

Comment les gens utilisent les photographies pour faire de déclarations personnelles et politiques m’intéresse fortement parce que c’est une question ouverte. Les gens emploient les photographies de façons différentes, à des moments différents, et pour des buts différents. La même image peut être utilisée pour plusieurs propos. Le sens photographique n’est pas une chose stable, unique, et je suis intriguée par comment les gens s’en servent pour créer des impressions différentes.

Shawn Michelle Smith, Untitled (Abu Ghraib), archival ink prints, 14 x 39 inches

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Actuellement, je finis un livre sur les façons dont la photographie a changé la perception visuelle dans le XIXème siècle, littéralement rendre plus visible les choses, en même temps qu’attirer l’attention sur la quantité de choses invisibles à l’œil nu. Le livre s’appelle Photography and the Optical Unconscious, et il sera le premier livre qui inclut mon travail artistique en tant qu’argument visuel.

Interview by LG

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