Éric Rondepierre, une archéologie du corps de l'image

portrait: 
Éric Rondepierre, une archéologie du corps de l'image
Interview « Photographes »

J'ai rencontré le photographe français Éric Rondepierre dans son appartement parisien, constitué d'une impressionnante bibliothèque et d'une grande baie vitrée, ce qui rend l'espace très lumineux. Paradoxal pour quelqu'un qui a toujours aimé travailler dans le noir. L’artiste a en effet peint dans le noir, en aveugle, dans la cave qui lui servait d’atelier, et ses premières photos de la série Excédents sont des images « noires ». Il s’intéresse aussi aux zones « aveugles » dans l’image de même que, dans les séries Diptyka (1989-2000), Suites (1999-2001) ou Moins X et Moins X2 (2003-2015), à l’entre deux des images de film, avec des espacements noirs. Le noir et l’aveuglement font définitivement partie de sa démarche artistique.

Éric Rondepierre a aussi fait du théâtre, de la danse, des happenings, de la peinture. Il pratique aussi l’écriture en écrivant des livres autour de son travail photographique ou en montrant des images écrites. En plus d’avoir toujours été très lié au cinéma comme spectateur (de manière boulimique, de 1969 à 1975, en passant de nombreuses heures à la cinémathèque), il a beaucoup travaillé dans les archives cinématographiques afin d’y chercher et d’y puiser par prélèvement et « reprises de vue », des images de films qui ont subi, avec le temps, des attaques dues à la corrosion (avec les pellicules nitrates, par exemple, une matière organique) qui interfèrent avec le contenu de la scène. La série photographique Précis de décomposition, 1993-1995, (le titre est un hommage à Cioran), ou la série Moires (1996-1998) appartiennent à cette approche rappelant de lentes fouilles archéologiques dans le corp(u)s du cinéma.  

L’artiste est aussi attentif à ce qui arrive dans l’image qu’à ce qui arrive à l’image, à l’état du support, du subjectile, à la figuration qui se dégrade ou encore à l’émiettement de l’image retransmise à la télévision par ordinateur : en notant les « aberrations » qui renvoient à des effets picturaux, dans la série DSL (« Désolé de Saboter vos Lignes », 2010-2012) composée de 18 photographies couleur. Les Agendas, constitués de photos prises au jour le jour et d’un journal écrit incrusté dans l’image, forment un work in progress qu’il poursuit depuis 2002. Il m’a d’ailleurs transmis la photo qu’il a prise de moi lors de l’entretien, conçue non pas comme une œuvre en soi, mais plutôt comme un acte d’archivage et d’échange. Près d’un quart de siècle après les premiers écrans noirs d’Excédents, la nouvelle série photographique en couleur, Background (2013-), effectue un travail de reconstitution et de recomposition des espaces et du temps en s’étalant en panoramique. Dans ces deux séries, les personnages ont déserté l’image.

La pratique du médium photographique d’Éric Rondepierre se poursuit ainsi par des rapprochements entre les formes cinématographiques, photographiques, picturales et textuelles.

Cliquez ici pour voir la suite de l'interview : http://mag.thephotoacademy.com/fr/travel/eric-rondepierre-une-archeologie-du-corps-de-limage/

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